22 sept. 2007

La rentrée politique de François Bayrou

La grande entourloupe continue

Quand la lune de miel de François Bayrou avec les petits MoDem sera terminée...


"On peut, pendant quelque temps, tromper tout le monde, ou tromper tout le temps une partie des gens, mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps."Abraham Lincoln


"Nous nous fixons comme but, comme citoyens, de faire sortir la République de l'absolutisme et de la faire entrer dans l'ère nouvelle d'une authentique démocratie...". C'est la feuille de route énoncée par François Bayrou lors de son discours de rentrée prononcé à Seignosse devant les militants. Le président du Mouvement Démocrate (MoDem) a ainsi fustigé « l'absolutisme présidentiel » de Nicolas Sarkozy : "Le président de la République décide de tout, tranche sur tous sujets, le gouvernement a disparu...". "Nous avons des institutions et une pratique institutionnelle qui sont, je le dis en pesant mes mots, indignes d'un grand pays comme le nôtre, indignes d'une démocratie, qui nous font régresser ! Nous, le pays de la Révolution, nous acceptons tous les jours quelque chose qui n'est accepté dans aucun autre pays du monde démocratique : nous acceptons l'absolutisme présidentiel ! ....", a insisté François Bayrou. Il a opposé à ce mode de gouvernance, les valeurs du MoDem : "Nous sommes démocrates d'abord parce que démo veut dire "peuple", et parce que nous croyons au peuple davantage qu'à toutes les oligarchies, à toutes les confiscations de pouvoir et de privilèges". Dans sa proposition pour une charte ethique, François Bayrou applique cette valeur, au mode de fonctionnement interne du MoDem : "Le Mouvement démocrate respecte en son sein les principes démocratiques qu'il promeut à l'extérieur, notamment participation, information, liberté du débat, séparation des pouvoirs, transparence des décisions". Son discours est d'une simplicité biblique : il s'agissait d'opposer la vertu – Bayrou - au vice - Sarkozy.

Ceux qui connaissent bien l'UDF (rebaptisé Modem), trouveront que ces grandes diatribes sur la démocratie ne manquent pas de piquant et qu'elles relèvent d'un cynisme absolu, sinon de l'escroquerie : "Il y a d'abord un problème de gouvernance. La gouvernance mise en pratique par François Bayrou est aux antipodes de la démocratie. On a assisté à une centralisation du pouvoir, à une dilution des responsabilités" déclare le sénateur UDF Jean Arthuis au Figaro dans son édition du 12 septembre, "On ne gère pas un parti comme on anime une secte". Même critique du côté de Didier Bariani : dans un entretien à l'AFP le 7 septembre, le conseiller de Paris et membre fondateur de l'UDF s'en est pris au mode de gouvernance estimant qu'"on ne peut avoir un canal de décision qui passe en permanence par deux ou trois personnes, à l'exclusion de toute autre" et il s'est interrogé sur "la capacité de François Bayrou d'accepter des partenaires qui puissent défendre d'autres choix que les siens". Etrange coïncidence, les "Bédouins" comme les appelait affectueusement François Bayrou, autrement dit, les parlementaires qui lui sont restés fidèles en 2002, avaient formulé exactement les mêmes critiques après le 22 avril : les Hervé Morin, François Sauvadet ou Maurice Leroy avaient notamment reproché au leader de l'UDF de ne pas les avoir consulté entre les deux tours de la présidentielle. "J'ai bataillé pendant dix ans à ses côtés. Mais il avait décidé seul, sans le moindre débat, de passer un accord avec le PS et de transformer les députés UDF en chair à canon dans leurs circonscriptions" avait alors expliqué Hervé Morin. Jean Arthuis résumait ainsi la situation sur son blog au mois de mai : "... la gouvernance a disjoncté, le comité exécutif aurait dû imposer la collégialité des décisions stratégiques. Il n’en a rien été...". Puis au mois de juillet : "La gouvernance de l’UDF prend une bien étrange direction. C'est ainsi que 80 noms viennent d’être rayés du Bureau politique, arbitrairement, hors de toute procédure statutaire"...

A la vérité, la question du mode de gouvernance à l'UDF n'est pas apparue à la faveur de l'élection présidentielle mais son caractère antidémocratique a éclaté au grand jour à l'occasion du cavalier seul du président de l'UDF entre les deux tours. Déjà en 2002, la moitié des députés préfèrent l'UMP à la dictature sarnez-bayrou ; en 2007, bis repetita : les derniers fidèles claquent la porte. Entre ces deux séismes, plusieurs collaborateurs prennent la fuite. Plus grave encore, aucune des figures historiques de l'UDF n'a soutenu Bayrou à la présidentielle : ni Raymond Barre, ni Valéry Giscard d'Estaing, ni Simone Veil. Ces deux derniers se sont même publiquement prononcés en faveur du candidat de l'UMP, Nicolas Sarkozy. Simone Veil déclarait alors que "Bayrou, c'est pire que tout" : "Je connais tout son passé et ses trahisons successives"... Alors quand François Bayrou, dans un souci de mise en scène, arbore des chemises blanches immaculées, et s'en prend à "l'absolutisme présidentiel" de Nicolas Sarkozy, il faut comprendre qu'il parle en réalité de ses propres péchés et que son désir messianique de pureté démocratique est aussi sincère que les exhortations enflammées et larmoyantes d'un télé-évangéliste.

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