21 sept. 2007

La rentrée politique de François Bayrou

La grande entourloupe continue

Quand la lune de miel de François Bayrou avec les petits MoDem sera terminée...


« On peut, pendant quelque temps, tromper tout le monde, ou tromper tout le temps une partie des gens, mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. » Abraham Lincoln

« Nous nous fixons comme but, comme citoyens, de faire sortir la République de l'absolutisme et de la faire entrer dans l'ère nouvelle d'une authentique démocratie... ». C'est la feuille de route énoncée par François Bayrou lors de son discours de rentrée prononcé à Seignosse devant les militants. Le président du Mouvement Démocrate (MoDem) a ainsi fustigé « l'absolutisme présidentiel » de Nicolas Sarkozy : « Le président de la République décide de tout, tranche sur tous sujets, le gouvernement a disparu... ». « Nous avons des institutions et une pratique institutionnelle qui sont, je le dis en pesant mes mots, indignes d'un grand pays comme le nôtre, indignes d'une démocratie, qui nous font régresser ! Nous, le pays de la Révolution, nous acceptons tous les jours quelque chose qui n'est accepté dans aucun autre pays du monde démocratique : nous acceptons l'absolutisme présidentiel ! .... » a insisté François Bayrou. Il a opposé à ce mode de gouvernance, les valeurs du MoDem : « Nous sommes démocrates d'abord parce que démo veut dire « peuple », et parce que nous croyons au peuple davantage qu'à toutes les oligarchies, à toutes les confiscations de pouvoir et de privilèges ». Dans sa proposition pour une charte ethique, François Bayrou applique cette valeur, au mode de fonctionnement interne du MoDem : « Le Mouvement démocrate respecte en son sein les principes démocratiques qu'il promeut à l'extérieur, notamment participation, information, liberté du débat, séparation des pouvoirs, transparence des décisions ». Son discours est d'une simplicité biblique : il s'agissait d'opposer la vertu – Bayrou - au vice - Sarkozy.

Ceux qui connaissent bien l'UDF (rebaptisé Modem), trouveront que ces grandes diatribes sur la démocratie ne manquent pas de piquant et qu'elles relèvent d'un cynisme absolu, sinon de l'escroquerie : « Il y a d'abord un problème de gouvernance. La gouvernance mise en pratique par François Bayrou est aux antipodes de la démocratie. On a assisté à une centralisation du pouvoir, à une dilution des responsabilités » déclare le sénateur UDF Jean Arthuis au Figaro dans son édition du 12 septembre, « On ne gère pas un parti comme on anime une secte ». Même critique du côté de Didier Bariani : dans un entretien à l'AFP le 7 septembre, le conseiller de Paris et membre fondateur de l'UDF s'en est pris au mode de gouvernance estimant qu'« on ne peut avoir un canal de décision qui passe en permanence par deux ou trois personnes, à l'exclusion de toute autre » et il s'est interrogé sur « la capacité de François Bayrou d'accepter des partenaires qui puissent défendre d'autres choix que les siens ». Etrange coïncidence, les « Bédouins » comme les appelait affectueusement François Bayrou, autrement dit, les parlementaires qui lui sont restés fidèles en 2002, avaient formulé exactement les mêmes critiques après le 22 avril : les Hervé Morin, François Sauvadet ou Maurice Leroy avaient notamment reproché au leader de l'UDF de ne pas les avoir consulté entre les deux tours de la présidentielle. « J'ai bataillé pendant dix ans à ses côtés. Mais il avait décidé seul, sans le moindre débat, de passer un accord avec le PS et de transformer les députés UDF en chair à canon dans leurs circonscriptions » avait alors expliqué Hervé Morin. Jean Arthuis résumait ainsi la situation sur son blog au mois de mai : « ... la gouvernance a disjoncté, le comité exécutif aurait dû imposer la collégialité des décisions stratégiques. Il n’en a rien été... » Puis au mois de juillet : « La gouvernance de l’UDF prend une bien étrange direction. C'est ainsi que 80 noms viennent d’être rayés du Bureau politique, arbitrairement, hors de toute procédure statutaire »...

A la vérité, la question du mode de gouvernance à l'UDF n'est pas apparue à la faveur de l'élection présidentielle mais son caractère antidémocratique a éclaté au grand jour à l'occasion du cavalier seul du président de l'UDF entre les deux tours. Déjà en 2002, la moitié des députés préfèrent l'UMP à la dictature sarnez-bayrou ; en 2007, bis repetita : les derniers fidèles claquent la porte. Entre ces deux séismes, plusieurs collaborateurs prennent la fuite. Plus grave encore, aucune des figures historiques de l'UDF n'a soutenu Bayrou à la présidentielle : ni Raymond Barre, ni Valéry Giscard d'Estaing, ni Simone Veil. Ces deux derniers se sont même publiquement prononcés en faveur du candidat de l'UMP, Nicolas Sarkozy. Simone Veil déclarait alors que « Bayrou, c'est pire que tout » : « Je connais tout son passé et ses trahisons successives »... Alors quand François Bayrou, dans un souci de mise en scène, arbore des chemises blanches immaculées, et s'en prend à « l'absolutisme présidentiel » de Nicolas Sarkozy, il faut comprendre qu'il parle en réalité de ses propres péchés et que son désir messianique de pureté démocratique est aussi sincère que les exhortations enflammées et larmoyantes d'un télé-évangéliste.

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La rentrée politique de François Bayrou (bis)

La société a changé, pas François Bayrou

Quand François Bayrou sortira de son bureau du VIIe arrondissement...

« Je n’ai pas de contentieux personnel avec lui, nous n’avons pas de cadavre dans les placards ». François Bayrou a profité de son discours de rentrée pour faire une mise au point sur ses rapports avec le président de la République. En fait, le leader du MoDem en a surtout profité pour tirer à boulets rouges sur Nicolas Sarkozy. Outre son « absolutisme présidentiel » (voir article), il lui a reproché d'être « fasciné par l'Amérique » et « la société de l'argent roi » : il a notamment cité « les signes multipliés au monde de l’argent, au CAC 40, aux milliardaires, à l’univers du Fouquet’s, la « pipolisation » de la société, les vedettes éphémères, la vedettarisation de la politique, la jubilation des hot-dogs avec Bush père, Bush mère, Bush couple, ... ». François Bayrou a ainsi expliqué dans son discours de Seignosse qu'il avait avec Nicolas Sarkozy, « un conflit de valeurs ». Le leader du MoDem n'a pas compris que les Français ont changé, ils n'adhèrent plus aux discours simplistes sur « l'argent roi » rabâchés par l'extrême gauche. L'enquête CSA-Cisco pour i-Télé a montré que 65% des Français (contre 31%) se disent « pas choqués » par la nuit de dimanche passée par Nicolas Sarkozy et sa famille au Fouquet's, suivie d'un vol en jet privé appartenant à l'homme d'affaires Vincent Bolloré vers Malte et du séjour du président à bord du yacht du chef d'entreprise breton... François Bayrou accuse toujours le président de la République d'être aligné sur le « modèle dominant » représenté, selon lui, par les Etats-Unis : « Le modèle où les inégalités s’accumulent, au travers des générations. Des fortunes très vite faites, notamment dans l’univers financier, et par la suppression des droits de succession, l’accumulation de patrimoine, l’accumulation du capital, qui se poursuit sur plusieurs générations, faisant de l’inégalité croissante le principe même de ce modèle ». François Bayrou affirme : « c’est un modèle de société, et ce n’est pas le nôtre ». L'ex-candidat à l'élection présidentielle oublie juste deux ou trois détails : Nicolas Sarkozy a été élu le 6 mai dernier sur un programme qui proposait notamment de réduire les frais de succession et de créer un « bouclier fiscal » qui ne concerne par nature que les plus riches contribuables. Le sondage Ifop pour Le journal du Dimanche publié le 11 août dernier montre d'ailleurs que 64% des Français (contre 35%) approuvent la mise en place d'un « bouclier fiscal » limitant les impôts à 50% des revenus. Plus lucide que François Bayrou, Nicolas Sarkozy a compris que la société française a fait sa révolution culturelle et analyse ainsi sa victoire : « Mon élection est la conséquence du changement de la société, et non pas sa cause » (article de Philippe Ridet dans Le Monde du samedi 15 septembre).

En vérité, François Bayrou a perdu la présidentielle parce qu'il a fait une erreur d'analyse : il a cru que l'élection se gagnerait au centre voire au centre gauche. Ainsi, François Bayrou affirmait lors du Bureau politique de l'UDF de juillet 2006 qu'il avait un espace pour gagner. Il expliquait à l'époque que le candidat du PS draguerait comme à son habitude l'extrême gauche et que Nicolas Sarkozy était trop à droite pour être élu : en effet, François Bayrou considérait que le candidat UMP était trop libéral pour avoir ses chances. Il avait, en outre, expliqué sans rire que Nicolas Sarkozy « faisait peur » à beaucoup de citoyens. L'Histoire lui a donné tort. Or quatre mois après l'élection du président de la République, François Bayrou n'a pas changé de disque : il continue à marteler que les Français ne veulent pas de la société proposée par le chef de l'Etat et il reprend ses attaques contre Nicolas Sarkozy l'américain : la diabolisation du candidat avait pourtant déjà fait « pschitt » lors de la campagne des présidentielles... Il n'a toujours pas pris conscience que son discours est daté : au « travailler plus pour gagner plus », il a opposé, pendant la campagne, la devise « liberté, égalité, fraternité » ; au lieu de s'adresser à la « France qui se lève tôt », il s'est adressé au tiers état... Les Français comprennent lorsqu'on leur parle d'effort, de mérite et de récompense, ils ne suivent pas quand on les entretient des « valeurs républicaines ». Pour François Bayrou, l'Histoire de France semble commencer et se terminer à la Révolution française. Pour les Français, l'Histoire se fait ici et maintenant, en 2007. Le modèle de société de François Bayrou est dépassé.

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