26 sept. 2007

La politique économique
de Nicolas Sarkozy

L'inquiétude et le doute persistent

Quand Nicolas Sarkozy se souciera moins de la demande des ménages et de ses promesses de campagne...

"Nous vivons actuellement l'une des plus graves crises d'offre depuis la fin de la seconde guerre mondiale, qui tient à l'incapacité des entreprises à répondre à la demande et à faire face à la concurrence mondiale" analyse l'économiste Christian Saint-Etienne dans le magazine Challenges (20 septembre). Depuis trois ans, notre balance commerciale est dans le rouge, l'aggravation du déficit démontre qu'il y a urgence à agir. Or pour Christian Saint-Etienne, "le gouvernement manque cruellement d'une stratégie d'ensemble répondant à la crise des entreprises, dont le taux de profit, mesuré par la faiblesse de leur taux d'épargne, est insuffisant". A l'évidence, Nicolas Sarkozy n'a pas levé, une fois élu, tous les doutes qui pèsent sur la justesse de sa politique économique.

Il y a d'abord eu la loi travail, emploi, pouvoir d'achat (TEPA) qui n'a pas convaincu. Non parce que le "paquet fiscal" voté au mois d'août reviendrait à 15 milliards d'euros de "cadeaux aux riches" comme le proclame l'opposition - les mesures annoncées concernent tous les ménages, des plus riches (les plus gros contribuables soumis à l'ISF qui menacent de s'exiler à l'étranger) aux plus pauvres (allocataires du RMI, de l'API, étudiants) en passant par la classe moyenne désireuse d'améliorer son niveau de vie ou d'acquérir un logement - ce qui pose réellement problème dans cette loi, c'est le rapport coût-bénéfice de mesures qui ont une portée davantage symbolique qu'économique. D'ailleurs, dans son discours prononcé à l'université d'été du Medef le 30 août dernier, Nicolas Sarkozy n'a pas caché qu'il avait fait "voter le paquet fiscal pour créer un choc de confiance" : le chef de l'Etat est, en effet, convaincu que "sans la confiance des Français, il n'y aura pas de réformes ni de croissance". Dans une tribune parue dans Le Monde (7 septembre), Jean Peyrelevade pense au contraire que le "paquet fiscal" aura l'effet inverse : "... vouloir à production donnée doper le revenu des ménages et leur pouvoir d'achat, c'est nécessairement réduire les marges des entreprises. Soit directement par une augmentation de la part des salaires dans la valeur ajoutée, soit indirectement à travers le faux masque d'un financement budgétaire. (...) Ainsi, loin de provoquer un choc de confiance, sa politique va-t-elle encore réduire en valeur relative les marges de ces dernières, accroître les importations, décourager un peu plus l'investissement et diminuer à terme un taux de croissance déjà bien faible".

Puis, dans son discours prononcé à l'université d'été du Medef, Nicolas Sarkozy a refusé de trancher entre une politique de l'offre et une politique de la demande. Le président de la République estime que "le pouvoir d'achat et la compétitivité sont indissociables". Certes, il serait contreproductif d'opposer le deux. Cependant, Jean Peyrelevade a eu raison de rappeler un des fondamentaux de l'économie : "les marges brutes d'aujourd'hui font les investissements de demain qui, à leur tour, font la croissance, le pouvoir d'achat et la consommation d'après-demain. En ce sens, pouvoir d'achat et consommation ne précèdent pas la croissance mais en résultent" (Le Monde). C'est pourquoi les entrepreneurs par la voix de la CGPME et du Medef comme les économistes appellent clairement de leurs voeux, une politique de l'offre et depuis longtemps. Au mois de mars dernier, en pleine campagne électorale, la présidente du Medef, Laurence Parisot avait ainsi appelé les candidats à changer de point de vue : elle appelait clairement le futur chef de l'Etat à "abandonner une politique économique qui fait de la demande, un levier, le seul levier de l'action économique" et "à réfléchir à une autre approche qui met la priorité sur l'offre" pour stimuler la production. Dans un communiqué daté du 21 août dernier, "... la CGPME souligne qu'après avoir pris des mesures favorables à la consommation, et donc à la demande, il convient aujourd'hui d'agir en direction de l'offre et donc des entreprises".

Ensuite, le président de la République n'a pas toujours pas annoncé de politique volontariste en direction de PME bien qu'il ait réaffirmé son soutien aux entrepreneurs lors de l'université d'été du Medef : "Je veux que l'aide aux entreprises se concentre sur les PME qui grandissent. Je veux que l'Etat soit à leur côté pour conquérir des marchés à l'international, pour exporter. Je veux que la France se dote d'un Small Business Act sur le modèle américain qui permette de réserver une partie des marchés publics aux PME" . "On sent que les choses bougent, mais on attend maintenant des annonces dynamiques pour les entreprises", a commenté le président de la CGPME, Jean-François Roubaud. Dans un communiqué daté du 21 août dernier, la Confédération générale des petites et moyennes entreprises affirme que la restauration de la compétitivité des entreprises passe en priorité par une baisse du coût du travail et un allègment de la fiscalité. La CGPME souligne également la difficulté des PME à grandir et demande notamment un aménagement des seuils sociaux (qui induisent un surcoût de cotisations sociales) et un meilleur accès au financement. Le 13 septembre dernier dans le 7/10 de France Inter, le directeur des études économiques de Natixis, Patrick Artus faisait la même analyse, il a notamment souligné qu'à cause des seuils sociaux, il y a en France deux fois plus d'entreprises de 9 salariés que d'entreprises de 10 : "nos PME ne grandissent pas (...) et par choix assez souvent. On sait pourquoi : c'est un mélange de mauvais financement, de règles du marché du travail, d'abence de ce qu'on appelle le Small business act...". "... Il manque dans l'hexagone 15 000 entreprises de 200 personnes. Combler cette lacune passerait par un plan ambitieux en faveur des PME" confirme Christian Saint-Etienne dans Challenges.

Enfin face aux difficultés anciennes des PME françaises, Nicolas Sarkozy donne l'impression d'être arrivé à l'Elysée sans avoir de plan de relance de l'économie : en effet, le président de la République n'a rien trouvé de mieux à faire que d'installer le 30 août, la commission "pour la libération de la croissance française" présidée par Jacques Attali. "C’est un énième rapport, alors que l’on sait très bien ce qu’il faut faire. Jacques Attali a été au pouvoir pendant quatorze ans" a commneté Marc Touati, président d’ACDE (Aux commandes de l’économie). Enième rapport en effet qui aboutit toujours peu ou prou aux mêmes conclusions. Le Conseil d'analyse économique (CAE) a remis le sien le 13 septembre dernier à François Fillon : "Les leviers de la croissance française" préconise notamment de stimuler la concurrence sur le marché des biens et des services mais aussi de réformer le marché du travail. Déjà en 2004, le CAE avait remis un rapport intitulé "Productivité et croissance". La même année, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'économie, avait commandé un rapport sur le même sujet à Michel Camdessus. L'essentiel des propositions contenues dans "Le sursaut vers une nouvelle croissance pour la France", est resté lettre morte. Cette fois, le président de la République a promis de mettre en oeuvre les recommandations contenues dans le rapport Attali : "Ce que vous proposerez, nous le ferons"...

Certes, tout montre que le président de la République est lucide, il sait qu'il doit agir et vite : "Il nous manque un point de croissance pour résoudre nos problèmes, pour que l'avenir redevienne une promesse au lieu d'être une menace, pour que les enfants aient de nouveau le sentiment qu'ils vivront mieux que leurs parents", a admis le président de la République lors de l'université d'été du Medef, "Ce point de croissance, il ne viendra pas tout seul. (...) Je suis venu vous dire que je n'avais pas l'intention d'attendre les bras croisés que la conjoncture internationale s'améliore." Mais à l'heure où les chiffres de la croissance pour 2007 sont revus à la baisse, synonymes de réduction des recettes fiscales et sociales, et donc de creusement des déficits publics, le président de la République tarde à donner une réponse satisfaisante.

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