22 sept. 2007

La rentrée politique de François Bayrou (bis)

La société a changé, pas François Bayrou

Quand François Bayrou sortira de son bureau du VIIe arrondissement...

"Je n’ai pas de contentieux personnel avec lui, nous n’avons pas de cadavre dans les placards". François Bayrou a profité de son discours de rentrée pour faire une mise au point sur ses rapports avec le président de la République. En fait, le leader du MoDem en a surtout profité pour tirer à boulets rouges sur Nicolas Sarkozy. Outre son "absolutisme présidentiel" (voir article), il lui a reproché d'être "fasciné par l'Amérique" et "la société de l'argent roi" : il a notamment cité "les signes multipliés au monde de l’argent, au CAC 40, aux milliardaires, à l’univers du Fouquet’s, la pipolisation de la société, les vedettes éphémères, la vedettarisation de la politique, la jubilation des hot-dogs avec Bush père, Bush mère, Bush couple, ... ". François Bayrou a ainsi expliqué dans son discours de Seignosse qu'il avait avec Nicolas Sarkozy, "un conflit de valeurs". Le leader du MoDem n'a pas compris que les Français ont changé, ils n'adhèrent plus aux discours simplistes sur "l'argent roi" rabâchés par l'extrême gauche. L'enquête CSA-Cisco pour i-Télé a montré que 65% des Français (contre 31%) se disent "pas choqués" par la nuit de dimanche passée par Nicolas Sarkozy et sa famille au Fouquet's, suivie d'un vol en jet privé appartenant à l'homme d'affaires Vincent Bolloré vers Malte et du séjour du président à bord du yacht du chef d'entreprise breton... François Bayrou accuse toujours le président de la République d'être aligné sur le "modèle dominant" représenté, selon lui, par les Etats-Unis : "Le modèle où les inégalités s’accumulent, au travers des générations. Des fortunes très vite faites, notamment dans l’univers financier, et par la suppression des droits de succession, l’accumulation de patrimoine, l’accumulation du capital, qui se poursuit sur plusieurs générations, faisant de l’inégalité croissante le principe même de ce modèle". François Bayrou affirme : "C’est un modèle de société, et ce n’est pas le nôtre". L'ex-candidat à l'élection présidentielle oublie juste deux ou trois détails : Nicolas Sarkozy a été élu le 6 mai dernier sur un programme qui proposait notamment de réduire les frais de succession et de créer un "bouclier fiscal" qui ne concerne par nature que les plus riches contribuables. Le sondage Ifop pour Le journal du Dimanche publié le 11 août dernier montre d'ailleurs que 64% des Français (contre 35%) approuvent la mise en place d'un « bouclier fiscal » limitant les impôts à 50% des revenus. Plus lucide que François Bayrou, Nicolas Sarkozy a compris que la société française a fait sa révolution culturelle et analyse ainsi sa victoire : "Mon élection est la conséquence du changement de la société, et non pas sa cause" (article de Philippe Ridet dans Le Monde du samedi 15 septembre).

En vérité, François Bayrou a perdu la présidentielle parce qu'il a fait une erreur d'analyse : il a cru que l'élection se gagnerait au centre voire au centre gauche. Ainsi, François Bayrou affirmait lors du Bureau politique de l'UDF de juillet 2006 qu'il avait un espace pour gagner. Il expliquait à l'époque que le candidat du PS draguerait comme à son habitude l'extrême gauche et que Nicolas Sarkozy était trop à droite pour être élu : en effet, François Bayrou considérait que le candidat UMP était trop libéral pour avoir ses chances. Il avait, en outre, expliqué sans rire que Nicolas Sarkozy "faisait peur" à beaucoup de citoyens. L'Histoire lui a donné tort. Or quatre mois après l'élection du président de la République, François Bayrou n'a pas changé de disque : il continue à marteler que les Français ne veulent pas de la société proposée par le chef de l'Etat et il reprend ses attaques contre Nicolas Sarkozy l'américain : la diabolisation du candidat avait pourtant déjà fait pschitt lors de la campagne des présidentielles... Il n'a toujours pas pris conscience que son discours est daté : au "travailler plus pour gagner plus", il a opposé, pendant la campagne, la devise "liberté, égalité, fraternité" ; au lieu de s'adresser à "la France qui se lève tôt", il s'est adressé au tiers état... Les Français comprennent lorsqu'on leur parle d'effort, de mérite et de récompense, ils ne suivent pas quand on les entretient des "valeurs républicaines". Pour François Bayrou, l'Histoire de France semble commencer et se terminer à la Révolution française. Pour les Français, l'Histoire se fait ici et maintenant, en 2007. Le modèle de société de François Bayrou est dépassé.

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