30 sept. 2007

Le Projet de loi de finances 2008

Entre impatience et réalisme

Avec un budget 2008 de continuité, le gouvernement est mal placé pour fanfaronner. On attend de ses ministres qu'ils adoptent un profil bas au lieu de multiplier les déclarations catastrophes.

Déclarer le vendredi que l'on est "à la tête d'un Etat en situation de faillite" pour présenter le mercredi suivant, un projet de loi de finances (PLF) avec un déficit de près de 42 milliards d'euros, cela s'appelle une bourde. Si François Fillon a décidé de torpiller la majorité présidentielle et du même coup son gouvernement, c'est incontestablement la bonne méthode. Le Premier ministre aurait dû avoir la sagesse d'adopter un profil bas à quelques jours de l'examen du projet de loi de finances 2008 au Parlement. Car le Premier ministre savait qu'il présenterait un "budget d'attente" faute de mieux. Dès sa nomination à Matignon à la mi-mai, François Fillon a dû s'atteler à l'élaboration du PLF 2008 avec ses ministres sans que nos faiblesses structurelles se soient dissipées : or, on ne peut réduire significativement le déficit budgétaire sans baisser fortement la dépense publique, et on ne peut parvenir à cet objectif sans une réforme de l'Etat. Le président de la République s'y est engagé. Cette réforme structurelle mettra des mois à être mise en oeuvre et ne produira pleinement ses effets que des années plus tard... si elle est bien menée. En Grande-Bretagne, Tony Blair a largement profité des réformes de Margaret Thatcher et John Major, et Angela Merkel en Allemagne recueille aujourd'hui les fruits de celles engagées par Gerhard Schröder.

Eivdemment, ce PLF ne satisfait personne, y compris sans doute son auteur Eric Woerth, ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique. Ce n'est pas une raison pour faire mine de s'étonner que le projet de loi de finances ne soit pas un budget de rupture. Ceux qui notamment réclamaient que soit inscrit dans la Constitution, l"interdiction de voter un budget en déficit de fonctionnement, savaient parfaitement qu'ils n'auraient pu mettre en oeuvre cette disposition qu'à la fin de la législature. Le Premier ministre pouvait tout au plus faire preuve d'un peu plus de créativité pour tenter de limiter le déficit, notamment en trouvant des recettes supplémentaires. Le Nouveau Centre qui fait partie de la majorité présidentielle, va déposer deux amendements en ce sens qui devraient rapporter, selon ses députés, 4 milliards d'euros à l'Etat : le premier introduit la mise sous plafond de l’ensemble des niches fiscales à l’impôt sur le revenu (IR). Ainsi, les plus riches contribuables n'échapperont plus à l'IR et contribueront à la solidarité nationale. Le second amendement revient à la réduction, à hauteur de 2 milliards d'euros, des exonérations de charges sociales patronales sur les Très Grandes Entreprises. "Cette mesure est d’autant plus souhaitable que l’impact sur l’emploi de ces exonérations n’est pas prouvé d’après le rapport de la Cour des comptes" expliquent les députés Charles de Courson, Nicolas Perruchot et Philippe Vigier dans un communiqué. Il n'en demeure pas moins que le travail du Parlement ne permettra pas d'améliorer sensiblement ce projet de loi de finances 2008. Là non plus, personne ne fera de miracles.

Enfin, quand Christine Lagarde a parlé la première de "rigueur", la ministre de l'Economie a donné un os à ronger à l'opposition qui cherchait en vain depuis des semaines des idées pour attaquer l'Elysée. Depuis, la gauche agite un chiffon rouge et annonce que le plan de rigueur interviendra après les municipales, ils prédisent que les Français vont devoir "se serrer la ceinture". Le mot "rigueur" paraît particulièrement maladroit lorsqu'on a un Etat qui gaspille et dépense sans compter au point que la France est devenue la championne du monde de la dépense publique en proportion de son PIB sans même offrir un service public de très grande qualité. Mettre fin à un Etat glouton ne relève pas d'une politique de rigueur mais d'une rationalisation des dépenses. D'ailleurs, le président de la République mise avant tout sur les réformes structurelles pour les baisser via notamment la réduction du nombre de fonctionnaires (+600 000 depuis la décentralisation de 1982) qui représentent près de la moitié des dépenses de l'Etat. Nicolas Sarkozy ne croit pas qu'une augmentation des prélèvements obligatoires, permettra de redresser la France et de rembourser la dette publique : "Si l'on taxe trop le travail, il disparaît, si l'on taxe trop le capital, il s'en va" déclarait le chef de l'Etat le 30 août dernier devant le Medef. Penser que l'exécutif prépare en douce un plan de rigueur, c'est supposer que le tandem Sarkozy-Fillon fera exactement la même erreur que le tandem Chirac-Juppé à la fin1995. Evidemment, on ne peut écarter aucune hypothèse, même la pire, même la plus improbable...

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