5 nov. 2007

Le Nouveau Centre

L'UDF canal historique

Le Nouveau Centre est bien l'héritier de l'UDF et entend ainsi continuer à travailler avec l'UMP comme l'UDF l'a toujours fait. C'est en réalité François Bayrou et Marielle de Sarnez qui ont rompu avec l'UDF pour des raisons électorales.

Il s'agit bien d'un "divorce" comme l'a qualifié le député UMP, Jérôme Chartier dans son intervention à l'Assemblée nationale (24 octobre). Lors de l'examen de la proposition de loi du Nouveau Centre visant à lui permettre de bénéficier du financement public, François Bayrou s'est comporté comme un mari infidèle ayant fait un enfant dans le dos de l'UDF - le MoDem - niant toute responsabilité et refusant catégoriquement que le Nouveau Centre puisse recevoir un centime de pension alimentaire. Ceux que les militants du MoDem et les sympathisants de François Bayrou surnomment "les traîtres" ; ceux que les journalistes politiques ont baptisé avec mépris les "supplétifs de l'UMP" ou "les ex-UDF ralliés à Nicolas Sarkozy" étaient il y a quelques mois encore, appelés affectueusement "les bédouins" par François Bayrou lui-même car ils étaient restés à ses côtés en 2002 alors qu'une majorité de parlementaires UDF rejoignait l'UMP. François Bayrou disait d'eux en septembre 2006 : "... c'est une formidable équipe, attachante, soudée, qui a traversé le désert, qui a l'intelligence et la générosité qui a - si je puis le dire, moi qui m'efforce de résister à leurs pressions perpétuelles, qui a de la beauté d'âme - c'est rare en politique - la beauté d'âme des bédouins, comme je dis. (...) Je veux dire avec orgueil que pour la compétence, pour la générosité, pour la cohésion, c'est la meilleure équipe et la plus solidaire. Ce n'est pas la plus nombreuse de France, mais c'est la meilleure. Je vais avoir besoin d'eux. Et j'en suis fier" (discours de clôture des universités d'été de l'UDF).

La stratégie de Bayrou contestée

Pour tous les observateurs politiques, le divorce entre François Bayrou et ses "bédouins" remonte au premier tour de la présidentielle : le président de l'UDF choisit de ne pas faire partie de la majorité, la plupart de ses députés - 23 sur 27 - veulent travailler avec Nicolas Sarkozy. Leurs chemins se séparent. En réalité, cette divergence de stratégie n'a pas surgi du jour au lendemain. Les prémices visibles remontent à octobre 2005 : François Bayrou décide que l'UDF ne votera pas le projet de loi de finances 2006, la moitié des députés seulement le suit. Cette position place en principe l'UDF dans l'opposition. Le moment est historique : c'est la première fois que l'UDF s'oppose de cette manière à son allié traditionnel. Gilles de Robien, alors seul ministre UDF de Jacques Chirac, exige une clarification et demande à François Bayrou de lui assurer que l'UDF reste bien dans la majorité. Ce dernier brandit en guise de réponse, le mot d'ordre "autonomie" : en clair, autonomie de l'UDF par rapport à l'UMP. Or Gilles de Robien considère que l'UDF a toujours été autonome par rapport à l'UMP et que la vraie question est de savoir si l'UDF et l'UMP vont continuer à travailler ensemble comme cela a toujours été le cas depuis la création du parti en 1978. Contesté publiquement par une minorité d'élus, François Bayrou décide alors de s'en remettre aux militants car il est sûr et certain d'obtenir leur appui : il convoque un Congrès extraordinaire en janvier 2006, sa motion politique défendant l'indépendance de l'UDF est approuvée par 91% des votants. Ainsi naît le slogan, "l'UDF, le parti libre". Le discours se radicalise : Marielle de Sarnez répète sur tous les tons que cela fait vingt-cinq ans que l'UMP (autrefois le RPR) et le PS se partagent le pouvoir et qu'ils ont échoué. Comme au bon vieux temps de la propagande, le bras droit de François Bayrou cherche à effacer de la mémoire collective que lorsque la droite était aux affaires, l'UDF faisait partie du gouvernement. C'était notamment le temps où François Bayrou était ministre de l'Education nationale d'Edouard Balladur (1993-1995) puis d'Alain Juppé (1995-1997). A l'époque, il n'était pas considéré comme un "supplétif du RPR", ni comme un "traître". Second indice de la séparation : François Bayrou défend le vote de la motion de censure contre le gouvernement de Dominique de Villepin en mai 2006. C'est l'escalade. Les députés sont très partagés. François Bayrou les appelle un par un pour les convaincre mais ils ne l'écoutent pas tous : près des deux tiers d'entre eux s'abstiennent.

Pas de divorce entre l'UDF et l'UMP

En réalité, les premiers signes d'une séparation annoncée apparaissent dès la mise en place de la "jurisprudence Bayrou" en 2002 : celui-ci décide que l'UDF ne participera pas au gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, une première dans l'histoire des relations entre le RPR (rebaptisé UMP) et l'UDF. Officiellement, il s'agit d'une question de survie face à un RPR hégémonique qui a voulu rassembler toute la droite républicaine au sein de l'UMP et donc faire disparaître l'UDF. En réalité, François Bayrou qui ne pense déjà qu'à la présidentielle de 2007, comprend que pour exister politiquement et avoir une chance, il doit se démarquer à tout prix de l'UMP. Il s'emploie ainsi à faire croire aux médias et aux électeurs que l'UDF n'a plus aucun lien avec le parti de Jacques Chirac alors que dans tous les exécutifs locaux, UMP et UDF sont toujours alliés. Ainsi, ses parlementaires se retrouvent à tirer à boulet rouge sur l'UMP à Paris et à travailler en même temps avec leurs représentants en province, la situation est ubuesque. Plus amusant encore, sur les trente députés qui composent à l'origine le groupe UDF, cinq ont été élus sous l'étiquette UMP : Pierre-Christophe Baguet, Michel Hunault, Yvan Lachaud, Rudy Salles et Francis Vercamer. A ce décompte, il faut ajouter un ancien RPR, Nicolas Perruchot et un élu du RPF de Charles Pasqua, Philippe Folliot... La famille UDF est élargie. La vérité c'est que ses parlementaires ne sont plus en phase avec la "jurisprudence Bayrou" dès les premières rumeurs de changement de Premier ministre en 2004 : en effet, si Jacques Chirac avait nommé Nicolas Sarkozy à Matignon, il semble que plusieurs députés UDF auraient rejoint le gouvernement. La vérité c'est que les parlementaires UDF ont soutenu leur candidat jusqu'au premier tour de la présidentielle même si de toute évidence, beaucoup pensaient au fond d'eux-même et depuis longtemps que Nicolas Sarkozy était bien plus compétent pour le job que François Bayrou. Les parlementaires UDF ont donc consciencieusement "tapé" sur Sarko comme on leur demandait sans penser le quart de ce qu'ils disaient. Et, ils ont apparemment espéré jusqu'au bout que le tandem Bayrou-Sarnez reviendrait à la raison une fois la campagne terminée bien qu'aux réunions hebdomadaires avec les parlementaires, François Bayrou ait toujours refusé de parler de stratégie politique au cas où il ne serait pas présent au second tour. C'est apparemment lors d'une ultime réunion le 24 avril que les parlementaires ont été officiellement mis devant le fait accompli : l'UDF ne serait pas dans la majorité présidentielle. Si François Bayrou avait alors organisé un vote à bulletin secret, on peut sans crainte affirmer qu'il aurait été mis en minorité.

Une confrontation artificielle

Si la grande majorité des députés UDF et une partie des sénateurs (à cette heure, peu ont officiellement choisi leur camp) imaginaient naïvement qu'une fois que François Bayrou aurait repris sa casquette de Président de l'UDF, il aurait adopté une position raisonnable, c'est parce qu'ils savaient pertinemment que la rupture avec l'UMP mise en scène par le tandem Bayrou-Sarnez, était totalement artificielle et a été entièrement dictée par la campagne présidentielle. Il y a en réalité une convergence de vue entre les deux hommes sur beaucoup de sujets. Quelques exemples pour ne reprendre que les réformes engagées, en cours ou constatées dans les faits : comme Nicolas Sarkozy, François Bayrou est un adepte du "travailler plus pour gagner plus" puisqu'il prônait dans son programme, une libération des heures supplémentaires par la suppression des charges sociales. Comme Nicolas Sarkozy, François Bayrou est un adepte des "cadeaux" aux plus riches puisqu'il prônait dans son programme, une baisse de l'ISF. Comme Nicolas Sarkozy, François Bayrou est un adepte de la suppression des régimes spéciaux de retraites puisqu'il prônait dans son programme, leur extinction progressive au nom de "l'égalité" entre tous les Français. Comme Nicolas Sarkozy, François Bayrou est un adepte de l'autonomie des universités puisque dans son programme, il en avait fait un axe de la réforme de l'enseignement supérieur. Comme Nicolas Sarkozy, François Bayrou est un adepte d'un Président de la République responsable puisqu'il prônait dans son programme, que celui-ci détermine et conduise désormais la politique de la nation... Malgré cette proximité, la presse a fait croire pendant toute la campagne qu'il y avait un gouffre infranchissable entre le programme de François Bayrou et celui de Nicolas Sarkozy. Un gouffre que pourtant Hervé Morin et les autres députés ont semble-t-il franchi sans difficulté... Les députés du Nouveau Centre ont ainsi l'ambition de poursuivre l'aventure du centre droit et se présentent comme "L'UDF canal historique" à défaut d'avoir pu garder leur étiquette d'origine puisque dans ce divorce, François Bayrou qui a pourtant quitté de son propre chef le domicile conjugal, a décidé de garder la marque, le siège du 133 bis rue de l'Université, les meubles, l'argent et le fichier des militants. Si François Bayrou n'aime plus la droite bien qu'il ait conservé ses idées, c'est son droit ; si François Bayrou n'aime plus l'UDF bien qu'il en ait gardé la présidence, c'est aussi son droit, mais on pouvait s'attendre à ce qu'il quitte pour de bon le parti de sa jeunesse et apparemment de ses errances passées, pour créer le MoDem et laisser à ses amis, les clés de la maison UDF.

UDF-UMP, une longue histoire

Cette proximité entre les programmes des deux candidats n'est pas une surprise. Historiquement l'UDF a toujours été un parti de centre droit et a toujours travaillé de concert avec l'UMP (le RPR autrefois) à deux exceptions près et toujours pour les mêmes raisons : des rivalités de personnes. En 1981, Jacques Chirac disputait alors le leadership de la droite à Valéry Giscard d'Estaing (VGE) et en 2007, c'est François Bayrou qui se voit grand vizir à la place de Nicolas Sarkozy. Les élus et électeurs UDF comme ceux de l'UMP sont des libéraux qui croient dans les vertus de l'économie de marché et de la mondialisation pour accroître les richesses d'un pays et le niveau de vie de sa population. A l'origine, il existe néanmoins deux différences majeures entre les deux partis : l'UDF de VGE carburait à l'Etat providence et le RPR de Jacques Chirac, époque appel de Cochin (1978), était souverainiste mais il y a bien longtemps que l'UDF ne croit plus aux vertus de la dépense publique et de l'assistanat, et que l'UMP s'est mise à l'heure européenne. A un moment où l'UDF et l'UMP n'ont sans doute jamais été aussi proches "idéologiquement", François Bayrou décide de créer une fracture - une fracture artificielle certes - guidée par sa seule ambition présidentielle et qui n'a rien à voir avec les intérêts de son parti et encore moins avec les intérêts supérieurs de la nation. Et c'est au nom de cette ambition personnelle que François Bayrou s'attendait à ce que les députés UDF renoncent à leurs convictions et se sacrifient ! Que des électeurs et les nouveaux militants pris dans le tourbillon de la campagne se soient laissé abuser, n'aient toujours pas compris qu'on s'est royalement moqué d'eux pendant cette présidentielle et continuent de croire la propagande Bayrou-Sarnez, on peut le comprendre et mettre ces erreurs de jugement sur le compte d'une complète ignorance de la politique française et d'une absence totale d'esprit critique. En revanche, que des journalistes politiques censés connaître sur le bout des doigts, toutes les stratégies et postures électorales des chefs de partis et candidats, reprennent sans réfléchir le credo Bayrou-Sarnez selon lequel il serait contre nature pour l'UDF de travailler avec l'UMP, relève de la fumisterie.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

Liens vers ce message:

Créer un lien

<< Accueil