Les manifestations étudiantes
Le grand retour des « idiots utiles »*
A chaque réforme de l'université, surgissent (presque) spontanément des agitateurs déterminés à faire plier le gouvernement. Il faut dire que l'heure est grave : la loi de Valérie Pécresse représente une menace pour la médiocrité de nos universités et l'avenir bouché de centaines de milliers d'étudiants.
L'université est une extraordinaire usine à fabriquer des RMIstes. La moitié des étudiants sortent de la fac sans diplômes et quant à ceux qui obtiennent un bac +4 ou +5, ils rencontrent davantage de difficultés à trouver un emploi que ceux qui n'ont qu'un bac+2 (IUT ou BTS). Plus de vingt ans après la loi Devaquet, le gouvernement a décidé de lancer une action humanitaire au milieu de l'été : la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse a entrepris une réforme qui donne plus d'autonomie aux facultés. Sans surprise, la loi relative aux Libertés et responsabilités des universités (LRU) est contestée par des étudiants qui n'ont pas du tout envie d'être sauvés du naufrage. Et sans surprise, le mouvement de protestation a démarré dans les facultés de Sciences Humaines (Lettres, Histoire, Sociologie, Psychologie...). En effet, on n'a encore jamais vu des étudiants en Sciences, en Droit, en Economie ou en pharmacie démarrer une grève... Spécimen fascinant, l'étudiant en Sciences Humaines se voit comme un progressiste. Dans les faits, il a de tout temps refusé les réformes, il déteste le changement mais il ne faut pas croire pour autant que celui-ci ne pense pas à son avenir : les opposants à la loi Pécresse disent également se mobiliser contre la réforme des régimes spéciaux de retraites. Ce sont les seuls étudiants qui s'inquiètent de ce qu'il feront dans plus de quarante ans, après leur vie active ! Le Collectif contre l'autonomie des universités (CCAU), rassemble plusieurs syndicats minoritaires dont le point commun est de détester Nicolas Sarkozy, l'UMP, la droite, le libéralisme, le capitalisme, le Medef, les entreprises, les privatisations, l'argent privé et la démocratie. SUD-Etudiant, la Fédération syndicale étudiante, quelques membres de l'UNEF et des organisations d'extrême gauche comme les Jeunesses communistes révolutionnaires et l'Union des étudiants communistes, demandent ainsi l'abrogation pure et simple de la loi votée par le Parlement en juillet dernier. Il faut bien reconnaître que le gouvernement a été particulièrement imprudent d'avoir intitulé cette loi "Libertés et responsabilités des universités". Liberté et Responsabilité sont deux mots pernicieux inventés par les ultra-libéraux, ils résonnent comme une provocation pour des étudiants d'extrême gauche qui par nature n'aiment pas la liberté et déclinent toujours toute responsabilité. Liberté +responsabilité = autonomie. L'équation du gouvernement s'apparente à une déclaration de guerre.
Un des meneurs concluait son intervention devant les étudiants en gueulant : "Non à l'autonomie des universités, mort à Sarkozy !". Tout individu normalement intelligent aurait choisi un slogan plus ambitieux comme "Mort aux cons" par exemple... On se demande si ces étudiants sont véritablement des "crétins des Alpes" et des "moules à gauffre" ou si ce sont seulement des agitateurs payés pour faire reculer le gouvernement. Les deux sans doute. Ils devraient néanmoins faire attention : leurs aînés ont mal tourné à l'image de David Assouline, porte-parole des étudiants lors de la loi Devaquet de 1986, qui est passé du statut de rebelle à 27 ans à celui de sénateur PS à 45. Quant à sa comparse, Isabelle Thomas, elle a connu le palais de l'Elysée pour service rendu au PS. Aujourd'hui Conseillère municipale à Saint-Malô et Conseillère régionale de Bretagne, Isabelle Thomas a malheureusement échoué aux dernières législatives, la France sarkozyste est impitoyable... Ceux qui aujourd'hui sont chargés d'entraîner leurs camarades avec des slogans grotesques type "Medef, la fac ne sera pas ton fief" ; ceux qui organisent le blocage des facs voire des gares et les votes à main levée entre grévistes, sont les mêmes que ceux qui manifestaient dans les rues le 6 mai à 20h01 et criaient : "Sarko facho, le peuple aura ta peau !". Quid des 19 millions de Français qui venaient le jour même de voter pour Nicolas Sarkozy ? Faut-il les pendre haut et court ? Cela fait six mois déjà que ces jeunes rêvent de renverser le président la République. Pour y parvenir, ils ont prévu de se joindre aux autres mouvements sociaux dans une sorte d'internationale des "idiots utiles"*. L'Unef a d'ores et déjà appelé les étudiants à manifester avec les fonctionnaires le 20 novembre prochain... Cependant, les étudiants ont raison de s'en prendre à Nicolas Sarkozy, c'est un président nul : il n'a même pas prévu dans son programme de « décrétiniser » les crétins. Il y avait pourtant urgence nationale.
Le gouvernement exagère quand il dit que l'université va mal. Certes, certains comme Xavier Dunezat, maître de conférences en sociologie pendant un an, dressent un tableau sombre des facultés : celui qui se présente lui-même comme un homme de gauche, conteste, dans une lettre, le recrutement des enseignants par piston, dénonce notamment « le mépris des étudiants qui transparaît dans l’organisation globale des enseignements à l’université et dans les pratiques professionnelles des enseignants ». Xavier Dunezat constate également une absence de cohérence dans la notation... En réalité, tout ne fonctionne pas si mal : l'université n'a jamais cédé au sirènes de la compétition entre les facultés et peut s'enorgueillir de former des étudiants qui seront absolument inemployables dans les entreprises et qui ainsi ne feront pas gagner d'argent aux patrons. Pour être franc, on ne comprend pas bien pourquoi la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse n'accède pas aux revendications d'une minorité d'étudiants et ne retire pas sa loi : pour une fois que des manifestants en veulent toujours moins, et non toujours plus, la ministre devrait se réjouir. L'honnêteté force néanmoins à reconnaître que la loi sur l'autonomie des universités comporte une lacune de taille : rien n'est prévu pour que ces étudiants aient "une tête bien faite", et Dieu sait qu'ils en auraient pourtant besoin ! Les manifestants seraient parfaitement en droit de réclamer la tête de Valérie Pécresse comme de l'ensemble du gouvernement, celle de Nicolas Sarkozy bien sûr mais aussi la tête des députés et sénateurs UMP (y compris les Villepinistes), et plus largement de la France du Fouquet's et celle qui se lève tôt pour imposer à la place une démocratie populaire dirigée par la gauche anticapitaliste qui instaurerait la gratuité partout et le bonheur socialiste par décret.
* "Lénine appelait 'idiots utiles', les gens qui dans les démocraties libérales, apportaient leur soutien moral et matériel à une idéologie totalitaire tissant ainsi la corde pour les pendre." Bruce S. Thornton


2 commentaires:
Je ne sais déjà plus comment je suis arrivé là ( c'est la loi du zapping sur les blogs ), mais je sais maintenant comment revenir. Ces artciles sur les étudiants, Bayrou, et autres sont écrits, argumentés et intelligents. Voilà 3 premières raisons qui me feront revenir.
A bientôt!!
Je crois qu'il faut aussi, malheureusement, parler de la couardise de l'immense majorité des étudiants qui n'ont strictement rien à faire de ces mouvements du type "rétroskistes", mais qui attendent patiemment que d'autres aillent se battre à leur place dans des pseudo AG où l'on décide le blocage par acclamation.
Enregistrer un commentaire
Liens vers ce message:
Créer un lien
<< Accueil