30 sept. 2007

La politique monétaire de la BCE

Un Ayatollah à la tête de l'Euro

Quand Jean-Claude Trichet cessera de croire que l'inflation menace la zone euro et s'intéressera davantage à la croissance...

Jean-Claude Trichet reste droit dans ses bottes. Que l'euro ait atteint pour la première fois de sa carrière 1,41 dollar le 21 septembre dernier, n'affecte pas ses certitudes. Interrogé au Grand Rendez-vous Europe1 TV5 deux jours plus tard, le président de la Banque centrale européenne a jugé qu'"aucune personne responsable" ne répondrait à cette question, puisque "depuis 35 ans nous sommes dans un système de changes flottants où les monnaies montent et descendent". Son inflexibilité commence à agacer, et pas seulement Nicolas Sarkozy qui constate qu'"on a fait la deuxième monnaie du monde, et nous sommes les seuls à ne pas nous en servir !" (discours du 30 août au Medef). La chronique de Favilla dans Les Echos (25 septembre) note ainsi que "l'interventionnisme de la Réserve fédérale a tiré la finance américaine d'un mauvais pas, même au prix d'une certaine complaisance. La BCE s'arc-boute au contraire sur une attitude neutraliste, au risque de compromettre notre croissance commune". "N'oublions pas qu'une appréciation de 15% de notre devise retire environ 0,50 point à la croissance, et ce avec six à neuf mois de décalage. La hausse de 18% de l'euro face au dollar du début 2006 à l'été 2007, n'a donc pas fini de nous pénaliser. Ensuite, l'augmentation des taux d'intérêt tant monétaires qu'obligataires, va peser à la baisse sur la consommation des ménages et l'investissement des entreprises" explique Marc Touati, économiste et président du cabinet de conseil ACDE - Aux commandes de l'économie (Le Monde, 18 septembre).

Jean-Claude Trichet veut faire croire qu'il n'a pas de pouvoir d'action face à la flambée de l'Euro par rapport au dollar. Alors que ses homologues américains, japonais et chinois mènent une politique monétaire agressive - leur monnaie respective est délibérement faible (et par voie de conséquence l'Euro est sur-évalué) - les pays de la zone euro seraient les seuls à ne pouvoir agir. C'est faux. La BCE est intervenue plusieurs fois par le passé pour faire remonter l'Euro par rapport au dollar et au Yen comme le rappelle l'article Les Européens songent à enrayer la hausse de l'euro (Le Monde, 29 septembre). Il s'agit aujourd'hui de faire baisser l'Euro. Certes, ce type d'intervention est d'autant plus efficace si elle est concertée avec la Réserve fédérale américaine et la banque du Japon comme cela s'est passé en 2000. D'ailleurs, dans Le Figaro (28 septembre), le commissaire européen en charge des affaires économiques et monétaire, Joaquin Almunia a admis que la perte de valeur du dollar préoccupe l'Europe et se dit prêt à agir : "Les économies de la zone euro ne sont pas responsables de la situation. Contrairement à celle des États-Unis et de la Chine, notre balance des transactions courantes est équilibrée. S'il est question de nous faire payer, à nous Européens, les conséquences de ces déséquilibres, on ne peut pas s'attendre à ce que nous restions passifs". Ainsi, les pays du G7 ont prévu de parler de l'Euro fort les 20 et 21 octobre prochain.

En vérité, Jean-Claude Trichet n'a pas d'arguments pour justifier son immobilisme et sa politique monétaire rigide. Quand Nicolas Sarkozy l'attaque, il botte en touche et conseille à la France de mieux gérer ses finances publiques "en très grande difficulté". Il se retranche derrière l'indépendance de la Banque centrale inscrite dans ses statuts pour réfuter les propos du président de la République. Il feint d'oublier qu'il est nommé par ces mêmes chefs d'Etats et de gouvernement (art 109 A du Traité de Maastricht). Depuis quand un responsable n'aurait pas de comptes à rendre à ceux qui l'ont nommé ? Jean-Claude Trichet n'a de cesse de répéter que l'objectif de la BCE est de maintenir la stabilité des prix. En réalité, sa mission est beaucoup plus complexe : "Sans préjudice de l'objectif de stabilité des prix, le SEBC [Système européen de banques centrales] apporte son soutien aux politiques économiques générales dans la Communauté..." Parmi ces objectifs, figurent la mission "de promouvoir un développement harmonieux et équilibré des activités économiques dans l'ensemble de la Communauté, une croissance durable et non inflationniste respectant l'environnement, un haut degré de convergence des performances économiques, un niveau d'emploi et de protection sociale élevé, le relèvement du niveau et de la qualité de vie, la cohésion économique et sociale et la solidarité entre les États membres" (article 2 du Traité de Maastricht).

Auteur du livre Les Incendiaires Les banques centrales dépassées par la globalisation, Patrick Artus, remet en cause le rôle de ces instituts bancaires. Le directeur des études économiques de Natixis constate que "les banques centrales, hélas, se sentent investies de la même mission que dans les années 70: prévenir les risques d’inflation". Or, Patrick Artus explique qu'avec la concurrence des pays émergents et les écarts salariaux de 1 à 7, "les pays riches ont plus à craindre la déflation que la hausse des prix". Autrement dit, le traité de Maastricht finalisé au début des années 90 sur la base d'une inflation à deux chiffres dans les années 70, est obsolète. Mais, Jean-Claude Trichet n'est pas homme à être décontenancé par l'évolution de l'économie mondiale. Pas plus qu'il n'est troublé par le fait que l'Europe est le continent où la croissance du PIB est durablement la plus faible du monde... Il a déjà démontré par le passé, son caractère inflexible : gouverneur de la Banque de France de 1993 à 2003, il s'était taillé en France une réputation peu flatteuse d'"Ayatollah du franc fort" et avait dû faire face à des critiques similaires de la part de Jacques Chirac et de Lionel Jospin. On comprend ainsi d'autant moins que la France ait proposé sa candidature à la tête de la BCE. Et pourquoi diable, l'actuel président de la République n'a t-il pas choisi d'en finir avec le cas Trichet en appuyant sa candidature à la présidence du FMI ?

Le Projet de loi de finances 2008

Entre impatience et réalisme

Avec un budget 2008 de continuité, le gouvernement est mal placé pour fanfaronner. On attend de ses ministres qu'ils adoptent un profil bas au lieu de multiplier les déclarations catastrophes.

Déclarer le vendredi que l'on est "à la tête d'un Etat en situation de faillite" pour présenter le mercredi suivant, un projet de loi de finances (PLF) avec un déficit de près de 42 milliards d'euros, cela s'appelle une bourde. Si François Fillon a décidé de torpiller la majorité présidentielle et du même coup son gouvernement, c'est incontestablement la bonne méthode. Le Premier ministre aurait dû avoir la sagesse d'adopter un profil bas à quelques jours de l'examen du projet de loi de finances 2008 au Parlement. Car le Premier ministre savait qu'il présenterait un "budget d'attente" faute de mieux. Dès sa nomination à Matignon à la mi-mai, François Fillon a dû s'atteler à l'élaboration du PLF 2008 avec ses ministres sans que nos faiblesses structurelles se soient dissipées : or, on ne peut réduire significativement le déficit budgétaire sans baisser fortement la dépense publique, et on ne peut parvenir à cet objectif sans une réforme de l'Etat. Le président de la République s'y est engagé. Cette réforme structurelle mettra des mois à être mise en oeuvre et ne produira pleinement ses effets que des années plus tard... si elle est bien menée. En Grande-Bretagne, Tony Blair a largement profité des réformes de Margaret Thatcher et John Major, et Angela Merkel en Allemagne recueille aujourd'hui les fruits de celles engagées par Gerhard Schröder.

Eivdemment, ce PLF ne satisfait personne, y compris sans doute son auteur Eric Woerth, ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique. Ce n'est pas une raison pour faire mine de s'étonner que le projet de loi de finances ne soit pas un budget de rupture. Ceux qui notamment réclamaient que soit inscrit dans la Constitution, l"interdiction de voter un budget en déficit de fonctionnement, savaient parfaitement qu'ils n'auraient pu mettre en oeuvre cette disposition qu'à la fin de la législature. Le Premier ministre pouvait tout au plus faire preuve d'un peu plus de créativité pour tenter de limiter le déficit, notamment en trouvant des recettes supplémentaires. Le Nouveau Centre qui fait partie de la majorité présidentielle, va déposer deux amendements en ce sens qui devraient rapporter, selon ses députés, 4 milliards d'euros à l'Etat : le premier introduit la mise sous plafond de l’ensemble des niches fiscales à l’impôt sur le revenu (IR). Ainsi, les plus riches contribuables n'échapperont plus à l'IR et contribueront à la solidarité nationale. Le second amendement revient à la réduction, à hauteur de 2 milliards d'euros, des exonérations de charges sociales patronales sur les Très Grandes Entreprises. "Cette mesure est d’autant plus souhaitable que l’impact sur l’emploi de ces exonérations n’est pas prouvé d’après le rapport de la Cour des comptes" expliquent les députés Charles de Courson, Nicolas Perruchot et Philippe Vigier dans un communiqué. Il n'en demeure pas moins que le travail du Parlement ne permettra pas d'améliorer sensiblement ce projet de loi de finances 2008. Là non plus, personne ne fera de miracles.

Enfin, quand Christine Lagarde a parlé la première de "rigueur", la ministre de l'Economie a donné un os à ronger à l'opposition qui cherchait en vain depuis des semaines des idées pour attaquer l'Elysée. Depuis, la gauche agite un chiffon rouge et annonce que le plan de rigueur interviendra après les municipales, ils prédisent que les Français vont devoir "se serrer la ceinture". Le mot "rigueur" paraît particulièrement maladroit lorsqu'on a un Etat qui gaspille et dépense sans compter au point que la France est devenue la championne du monde de la dépense publique en proportion de son PIB sans même offrir un service public de très grande qualité. Mettre fin à un Etat glouton ne relève pas d'une politique de rigueur mais d'une rationalisation des dépenses. D'ailleurs, le président de la République mise avant tout sur les réformes structurelles pour les baisser via notamment la réduction du nombre de fonctionnaires (+600 000 depuis la décentralisation de 1982) qui représentent près de la moitié des dépenses de l'Etat. Nicolas Sarkozy ne croit pas qu'une augmentation des prélèvements obligatoires, permettra de redresser la France et de rembourser la dette publique : "Si l'on taxe trop le travail, il disparaît, si l'on taxe trop le capital, il s'en va" déclarait le chef de l'Etat le 30 août dernier devant le Medef. Penser que l'exécutif prépare en douce un plan de rigueur, c'est supposer que le tandem Sarkozy-Fillon fera exactement la même erreur que le tandem Chirac-Juppé à la fin1995. Evidemment, on ne peut écarter aucune hypothèse, même la pire, même la plus improbable...

26 sept. 2007

La politique économique
de Nicolas Sarkozy

L'inquiétude et le doute persistent

Quand Nicolas Sarkozy se souciera moins de la demande des ménages et de ses promesses de campagne...

"Nous vivons actuellement l'une des plus graves crises d'offre depuis la fin de la seconde guerre mondiale, qui tient à l'incapacité des entreprises à répondre à la demande et à faire face à la concurrence mondiale" analyse l'économiste Christian Saint-Etienne dans le magazine Challenges (20 septembre). Depuis trois ans, notre balance commerciale est dans le rouge, l'aggravation du déficit démontre qu'il y a urgence à agir. Or pour Christian Saint-Etienne, "le gouvernement manque cruellement d'une stratégie d'ensemble répondant à la crise des entreprises, dont le taux de profit, mesuré par la faiblesse de leur taux d'épargne, est insuffisant". A l'évidence, Nicolas Sarkozy n'a pas levé, une fois élu, tous les doutes qui pèsent sur la justesse de sa politique économique.

Il y a d'abord eu la loi travail, emploi, pouvoir d'achat (TEPA) qui n'a pas convaincu. Non parce que le "paquet fiscal" voté au mois d'août reviendrait à 15 milliards d'euros de "cadeaux aux riches" comme le proclame l'opposition - les mesures annoncées concernent tous les ménages, des plus riches (les plus gros contribuables soumis à l'ISF qui menacent de s'exiler à l'étranger) aux plus pauvres (allocataires du RMI, de l'API, étudiants) en passant par la classe moyenne désireuse d'améliorer son niveau de vie ou d'acquérir un logement - ce qui pose réellement problème dans cette loi, c'est le rapport coût-bénéfice de mesures qui ont une portée davantage symbolique qu'économique. D'ailleurs, dans son discours prononcé à l'université d'été du Medef le 30 août dernier, Nicolas Sarkozy n'a pas caché qu'il avait fait "voter le paquet fiscal pour créer un choc de confiance" : le chef de l'Etat est, en effet, convaincu que "sans la confiance des Français, il n'y aura pas de réformes ni de croissance". Dans une tribune parue dans Le Monde (7 septembre), Jean Peyrelevade pense au contraire que le "paquet fiscal" aura l'effet inverse : "... vouloir à production donnée doper le revenu des ménages et leur pouvoir d'achat, c'est nécessairement réduire les marges des entreprises. Soit directement par une augmentation de la part des salaires dans la valeur ajoutée, soit indirectement à travers le faux masque d'un financement budgétaire. (...) Ainsi, loin de provoquer un choc de confiance, sa politique va-t-elle encore réduire en valeur relative les marges de ces dernières, accroître les importations, décourager un peu plus l'investissement et diminuer à terme un taux de croissance déjà bien faible".

Puis, dans son discours prononcé à l'université d'été du Medef, Nicolas Sarkozy a refusé de trancher entre une politique de l'offre et une politique de la demande. Le président de la République estime que "le pouvoir d'achat et la compétitivité sont indissociables". Certes, il serait contreproductif d'opposer le deux. Cependant, Jean Peyrelevade a eu raison de rappeler un des fondamentaux de l'économie : "les marges brutes d'aujourd'hui font les investissements de demain qui, à leur tour, font la croissance, le pouvoir d'achat et la consommation d'après-demain. En ce sens, pouvoir d'achat et consommation ne précèdent pas la croissance mais en résultent" (Le Monde). C'est pourquoi les entrepreneurs par la voix de la CGPME et du Medef comme les économistes appellent clairement de leurs voeux, une politique de l'offre et depuis longtemps. Au mois de mars dernier, en pleine campagne électorale, la présidente du Medef, Laurence Parisot avait ainsi appelé les candidats à changer de point de vue : elle appelait clairement le futur chef de l'Etat à "abandonner une politique économique qui fait de la demande, un levier, le seul levier de l'action économique" et "à réfléchir à une autre approche qui met la priorité sur l'offre" pour stimuler la production. Dans un communiqué daté du 21 août dernier, "... la CGPME souligne qu'après avoir pris des mesures favorables à la consommation, et donc à la demande, il convient aujourd'hui d'agir en direction de l'offre et donc des entreprises".

Ensuite, le président de la République n'a pas toujours pas annoncé de politique volontariste en direction de PME bien qu'il ait réaffirmé son soutien aux entrepreneurs lors de l'université d'été du Medef : "Je veux que l'aide aux entreprises se concentre sur les PME qui grandissent. Je veux que l'Etat soit à leur côté pour conquérir des marchés à l'international, pour exporter. Je veux que la France se dote d'un Small Business Act sur le modèle américain qui permette de réserver une partie des marchés publics aux PME" . "On sent que les choses bougent, mais on attend maintenant des annonces dynamiques pour les entreprises", a commenté le président de la CGPME, Jean-François Roubaud. Dans un communiqué daté du 21 août dernier, la Confédération générale des petites et moyennes entreprises affirme que la restauration de la compétitivité des entreprises passe en priorité par une baisse du coût du travail et un allègment de la fiscalité. La CGPME souligne également la difficulté des PME à grandir et demande notamment un aménagement des seuils sociaux (qui induisent un surcoût de cotisations sociales) et un meilleur accès au financement. Le 13 septembre dernier dans le 7/10 de France Inter, le directeur des études économiques de Natixis, Patrick Artus faisait la même analyse, il a notamment souligné qu'à cause des seuils sociaux, il y a en France deux fois plus d'entreprises de 9 salariés que d'entreprises de 10 : "nos PME ne grandissent pas (...) et par choix assez souvent. On sait pourquoi : c'est un mélange de mauvais financement, de règles du marché du travail, d'abence de ce qu'on appelle le Small business act...". "... Il manque dans l'hexagone 15 000 entreprises de 200 personnes. Combler cette lacune passerait par un plan ambitieux en faveur des PME" confirme Christian Saint-Etienne dans Challenges.

Enfin face aux difficultés anciennes des PME françaises, Nicolas Sarkozy donne l'impression d'être arrivé à l'Elysée sans avoir de plan de relance de l'économie : en effet, le président de la République n'a rien trouvé de mieux à faire que d'installer le 30 août, la commission "pour la libération de la croissance française" présidée par Jacques Attali. "C’est un énième rapport, alors que l’on sait très bien ce qu’il faut faire. Jacques Attali a été au pouvoir pendant quatorze ans" a commneté Marc Touati, président d’ACDE (Aux commandes de l’économie). Enième rapport en effet qui aboutit toujours peu ou prou aux mêmes conclusions. Le Conseil d'analyse économique (CAE) a remis le sien le 13 septembre dernier à François Fillon : "Les leviers de la croissance française" préconise notamment de stimuler la concurrence sur le marché des biens et des services mais aussi de réformer le marché du travail. Déjà en 2004, le CAE avait remis un rapport intitulé "Productivité et croissance". La même année, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'économie, avait commandé un rapport sur le même sujet à Michel Camdessus. L'essentiel des propositions contenues dans "Le sursaut vers une nouvelle croissance pour la France", est resté lettre morte. Cette fois, le président de la République a promis de mettre en oeuvre les recommandations contenues dans le rapport Attali : "Ce que vous proposerez, nous le ferons"...

Certes, tout montre que le président de la République est lucide, il sait qu'il doit agir et vite : "Il nous manque un point de croissance pour résoudre nos problèmes, pour que l'avenir redevienne une promesse au lieu d'être une menace, pour que les enfants aient de nouveau le sentiment qu'ils vivront mieux que leurs parents", a admis le président de la République lors de l'université d'été du Medef, "Ce point de croissance, il ne viendra pas tout seul. (...) Je suis venu vous dire que je n'avais pas l'intention d'attendre les bras croisés que la conjoncture internationale s'améliore." Mais à l'heure où les chiffres de la croissance pour 2007 sont revus à la baisse, synonymes de réduction des recettes fiscales et sociales, et donc de creusement des déficits publics, le président de la République tarde à donner une réponse satisfaisante.

22 sept. 2007

La rentrée politique de François Bayrou

La grande entourloupe continue

Quand la lune de miel de François Bayrou avec les petits MoDem sera terminée...


"On peut, pendant quelque temps, tromper tout le monde, ou tromper tout le temps une partie des gens, mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps."Abraham Lincoln


"Nous nous fixons comme but, comme citoyens, de faire sortir la République de l'absolutisme et de la faire entrer dans l'ère nouvelle d'une authentique démocratie...". C'est la feuille de route énoncée par François Bayrou lors de son discours de rentrée prononcé à Seignosse devant les militants. Le président du Mouvement Démocrate (MoDem) a ainsi fustigé « l'absolutisme présidentiel » de Nicolas Sarkozy : "Le président de la République décide de tout, tranche sur tous sujets, le gouvernement a disparu...". "Nous avons des institutions et une pratique institutionnelle qui sont, je le dis en pesant mes mots, indignes d'un grand pays comme le nôtre, indignes d'une démocratie, qui nous font régresser ! Nous, le pays de la Révolution, nous acceptons tous les jours quelque chose qui n'est accepté dans aucun autre pays du monde démocratique : nous acceptons l'absolutisme présidentiel ! ....", a insisté François Bayrou. Il a opposé à ce mode de gouvernance, les valeurs du MoDem : "Nous sommes démocrates d'abord parce que démo veut dire "peuple", et parce que nous croyons au peuple davantage qu'à toutes les oligarchies, à toutes les confiscations de pouvoir et de privilèges". Dans sa proposition pour une charte ethique, François Bayrou applique cette valeur, au mode de fonctionnement interne du MoDem : "Le Mouvement démocrate respecte en son sein les principes démocratiques qu'il promeut à l'extérieur, notamment participation, information, liberté du débat, séparation des pouvoirs, transparence des décisions". Son discours est d'une simplicité biblique : il s'agissait d'opposer la vertu – Bayrou - au vice - Sarkozy.

Ceux qui connaissent bien l'UDF (rebaptisé Modem), trouveront que ces grandes diatribes sur la démocratie ne manquent pas de piquant et qu'elles relèvent d'un cynisme absolu, sinon de l'escroquerie : "Il y a d'abord un problème de gouvernance. La gouvernance mise en pratique par François Bayrou est aux antipodes de la démocratie. On a assisté à une centralisation du pouvoir, à une dilution des responsabilités" déclare le sénateur UDF Jean Arthuis au Figaro dans son édition du 12 septembre, "On ne gère pas un parti comme on anime une secte". Même critique du côté de Didier Bariani : dans un entretien à l'AFP le 7 septembre, le conseiller de Paris et membre fondateur de l'UDF s'en est pris au mode de gouvernance estimant qu'"on ne peut avoir un canal de décision qui passe en permanence par deux ou trois personnes, à l'exclusion de toute autre" et il s'est interrogé sur "la capacité de François Bayrou d'accepter des partenaires qui puissent défendre d'autres choix que les siens". Etrange coïncidence, les "Bédouins" comme les appelait affectueusement François Bayrou, autrement dit, les parlementaires qui lui sont restés fidèles en 2002, avaient formulé exactement les mêmes critiques après le 22 avril : les Hervé Morin, François Sauvadet ou Maurice Leroy avaient notamment reproché au leader de l'UDF de ne pas les avoir consulté entre les deux tours de la présidentielle. "J'ai bataillé pendant dix ans à ses côtés. Mais il avait décidé seul, sans le moindre débat, de passer un accord avec le PS et de transformer les députés UDF en chair à canon dans leurs circonscriptions" avait alors expliqué Hervé Morin. Jean Arthuis résumait ainsi la situation sur son blog au mois de mai : "... la gouvernance a disjoncté, le comité exécutif aurait dû imposer la collégialité des décisions stratégiques. Il n’en a rien été...". Puis au mois de juillet : "La gouvernance de l’UDF prend une bien étrange direction. C'est ainsi que 80 noms viennent d’être rayés du Bureau politique, arbitrairement, hors de toute procédure statutaire"...

A la vérité, la question du mode de gouvernance à l'UDF n'est pas apparue à la faveur de l'élection présidentielle mais son caractère antidémocratique a éclaté au grand jour à l'occasion du cavalier seul du président de l'UDF entre les deux tours. Déjà en 2002, la moitié des députés préfèrent l'UMP à la dictature sarnez-bayrou ; en 2007, bis repetita : les derniers fidèles claquent la porte. Entre ces deux séismes, plusieurs collaborateurs prennent la fuite. Plus grave encore, aucune des figures historiques de l'UDF n'a soutenu Bayrou à la présidentielle : ni Raymond Barre, ni Valéry Giscard d'Estaing, ni Simone Veil. Ces deux derniers se sont même publiquement prononcés en faveur du candidat de l'UMP, Nicolas Sarkozy. Simone Veil déclarait alors que "Bayrou, c'est pire que tout" : "Je connais tout son passé et ses trahisons successives"... Alors quand François Bayrou, dans un souci de mise en scène, arbore des chemises blanches immaculées, et s'en prend à "l'absolutisme présidentiel" de Nicolas Sarkozy, il faut comprendre qu'il parle en réalité de ses propres péchés et que son désir messianique de pureté démocratique est aussi sincère que les exhortations enflammées et larmoyantes d'un télé-évangéliste.

La rentrée politique de François Bayrou (bis)

La société a changé, pas François Bayrou

Quand François Bayrou sortira de son bureau du VIIe arrondissement...

"Je n’ai pas de contentieux personnel avec lui, nous n’avons pas de cadavre dans les placards". François Bayrou a profité de son discours de rentrée pour faire une mise au point sur ses rapports avec le président de la République. En fait, le leader du MoDem en a surtout profité pour tirer à boulets rouges sur Nicolas Sarkozy. Outre son "absolutisme présidentiel" (voir article), il lui a reproché d'être "fasciné par l'Amérique" et "la société de l'argent roi" : il a notamment cité "les signes multipliés au monde de l’argent, au CAC 40, aux milliardaires, à l’univers du Fouquet’s, la pipolisation de la société, les vedettes éphémères, la vedettarisation de la politique, la jubilation des hot-dogs avec Bush père, Bush mère, Bush couple, ... ". François Bayrou a ainsi expliqué dans son discours de Seignosse qu'il avait avec Nicolas Sarkozy, "un conflit de valeurs". Le leader du MoDem n'a pas compris que les Français ont changé, ils n'adhèrent plus aux discours simplistes sur "l'argent roi" rabâchés par l'extrême gauche. L'enquête CSA-Cisco pour i-Télé a montré que 65% des Français (contre 31%) se disent "pas choqués" par la nuit de dimanche passée par Nicolas Sarkozy et sa famille au Fouquet's, suivie d'un vol en jet privé appartenant à l'homme d'affaires Vincent Bolloré vers Malte et du séjour du président à bord du yacht du chef d'entreprise breton... François Bayrou accuse toujours le président de la République d'être aligné sur le "modèle dominant" représenté, selon lui, par les Etats-Unis : "Le modèle où les inégalités s’accumulent, au travers des générations. Des fortunes très vite faites, notamment dans l’univers financier, et par la suppression des droits de succession, l’accumulation de patrimoine, l’accumulation du capital, qui se poursuit sur plusieurs générations, faisant de l’inégalité croissante le principe même de ce modèle". François Bayrou affirme : "C’est un modèle de société, et ce n’est pas le nôtre". L'ex-candidat à l'élection présidentielle oublie juste deux ou trois détails : Nicolas Sarkozy a été élu le 6 mai dernier sur un programme qui proposait notamment de réduire les frais de succession et de créer un "bouclier fiscal" qui ne concerne par nature que les plus riches contribuables. Le sondage Ifop pour Le journal du Dimanche publié le 11 août dernier montre d'ailleurs que 64% des Français (contre 35%) approuvent la mise en place d'un « bouclier fiscal » limitant les impôts à 50% des revenus. Plus lucide que François Bayrou, Nicolas Sarkozy a compris que la société française a fait sa révolution culturelle et analyse ainsi sa victoire : "Mon élection est la conséquence du changement de la société, et non pas sa cause" (article de Philippe Ridet dans Le Monde du samedi 15 septembre).

En vérité, François Bayrou a perdu la présidentielle parce qu'il a fait une erreur d'analyse : il a cru que l'élection se gagnerait au centre voire au centre gauche. Ainsi, François Bayrou affirmait lors du Bureau politique de l'UDF de juillet 2006 qu'il avait un espace pour gagner. Il expliquait à l'époque que le candidat du PS draguerait comme à son habitude l'extrême gauche et que Nicolas Sarkozy était trop à droite pour être élu : en effet, François Bayrou considérait que le candidat UMP était trop libéral pour avoir ses chances. Il avait, en outre, expliqué sans rire que Nicolas Sarkozy "faisait peur" à beaucoup de citoyens. L'Histoire lui a donné tort. Or quatre mois après l'élection du président de la République, François Bayrou n'a pas changé de disque : il continue à marteler que les Français ne veulent pas de la société proposée par le chef de l'Etat et il reprend ses attaques contre Nicolas Sarkozy l'américain : la diabolisation du candidat avait pourtant déjà fait pschitt lors de la campagne des présidentielles... Il n'a toujours pas pris conscience que son discours est daté : au "travailler plus pour gagner plus", il a opposé, pendant la campagne, la devise "liberté, égalité, fraternité" ; au lieu de s'adresser à "la France qui se lève tôt", il s'est adressé au tiers état... Les Français comprennent lorsqu'on leur parle d'effort, de mérite et de récompense, ils ne suivent pas quand on les entretient des "valeurs républicaines". Pour François Bayrou, l'Histoire de France semble commencer et se terminer à la Révolution française. Pour les Français, l'Histoire se fait ici et maintenant, en 2007. Le modèle de société de François Bayrou est dépassé.