9 déc. 2007

La disparition de l’UDF

Une farce orchestrée par un illusionniste

Difficile de trouver les mots justes pour qualifier le congrès extraordinaire de l’UDF du 30 novembre qui a vu ce parti assassiné par une minorité. L’événement a surtout marqué le point d’orgue d’un an de tartufferie béarnaise.

François Bayrou a fait de la défense de la démocratie, un pilier de sa campagne présidentielle. Il a en même fait le sujet d’un livre publié en octobre 2006, "Au nom du tiers état". Dénonciation de la concentration des pouvoirs dans les mains d’un seul homme, le chef de l’Etat ; constat d’un parlement "tenu pour quantité négligeable" et d’un peuple exclu de la plupart des décisions, "Au nom du tiers état" se lit au premier degré comme un essai sur l’absolutisme présidentiel. Ce livre se lit aussi au second degré comme une confession sur le fonctionnement de l’UDF et François Bayrou lui-même. Il suffit en effet de remplacer dans le texte, les mots "chef de l’Etat" par "Président de l’UDF", "parlement" par "élus UDF" et "peuple" par "militants UDF" pour avoir une représentation juste du règne Bayrou-Sarnez. Jean-Marie Cavada, ex-proche de la direction de l’UDF, parle d’un parti conduit de façon "autocratique" par deux personnes, "d’élus méprisés d’une façon presque poujado-frontiste" et de militants qui sont de "la chair à canon" (voir les vidéos ci-dessous).










François Bayrou, le chevalier sans peur et sans reproche qui plaide pour "une démocratie du citoyen que l'on doit consulter, qui doit avoir le moyen de participer directement à l'élaboration des décisions qui le concernent", l’homme qui la main sur le cœur propose de réhabiliter le référendum populaire, a donné une nouvelle illustration de la sincérité de son discours lors du congrès extraordinaire de l’UDF. En effet, si l’on s’en tient aux chiffres donnés par les gentils organisateurs de ce salon de l’illusion et de la magie à Villepinte, l’UDF comptait 25 000 adhérents fin 2007 et 1500 personnes ont voté à main levée la mort cérébrale de l’UDF, cela signifie que 6% - au mieux – de ses adhérents ont pris la décision de saborder leur parti politique ! On savait depuis longtemps que François Bayrou s’opposait au fait majoritaire, on ne savait pas à quel point il adorait le fait minoritaire. La démocratie à la Bayrou ressemble étrangement aux AG d’étudiants d’extrême gauche ou de syndicalistes RATP et SNCF : le vote n’a aucune légitimité démocratique. Tout cela rappelle le bon temps des comités centraux du PCF sous Georges Marchais… Hélas, ce n’était pas le congrès d’un parti démocratique mais une farce orchestrée par un illusionniste.

Au demeurant, cette parodie de démocratie n’a soulevé aucune protestation publique : les adhérents UDF ne se sont même pas battus, ils ont docilement accepté de laisser la place à un troupeau de novices suffisamment naïfs pour croire qu’ils vont révolutionner la politique et changer le monde. Les petits MoDem si attachés à la démocratie lorsqu’il s’agit de critiquer Nicolas Sarkozy, n’ont pas exigé que l’on organise un vote à bulletin secret de tous les adhérents UDF comme cela se passe dans les organisations démocratiques. Il faut dire qu’ils étaient tellement contents de pouvoir rayer si facilement de la carte politique l’UDF et ses adhérents. Car autant le parti fait figure, à leur yeux, d’un machin obsolète et non recyclable, autant le chef Bayrou à la tête de ce même parti depuis 1998, est respecté et vénéré comme un dieu vivant. La presse n’a pas non plus cru bon de s’alarmer, elle qui n’hésite pas à critiquer un président de la République démocratiquement élu par le peuple pour cinq ans lorsqu’il exerce son pouvoir de chef de l’Etat, a fermé les yeux devant cette mascarade.