17 mai 2008

L’AFP dans la polémique

L’agence a failli

L’UMP a profité de la condamnation de Ségolène Royal pour se fendre d’un communiqué qui charge les Socialistes, c’est de bonne guerre. Mais le coup de griffe envoyé à l’opposition et à leurs sympathisants, a été victime d’un accident de parcours : ledit communiqué n’a pas été repris par l’unique agence de presse française, l’AFP. L’UMP par la voix de son porte-parole, Frédéric Lefebvre s’en est ému. L’incident ne méritait sans doute pas que le parti au pouvoir en fasse une affaire d’Etat mais sa médiatisation a le mérite de démontrer une fois encore que la presse n’est pas aux garde-à-vous de Nicolas Sarkozy, qu'il n'y a pas d'Etat UMP et que le Président de la République, contrairement à ce qu’affirment ses nobles et valeureux ennemis, ne contrôle pas l’information comme au temps de l’ORTF.

Dans cette affaire, l’AFP a commis au mieux une faute professionnelle, au pire elle a fait preuve d’un esprit partisan. Pour sa défense, l’Agence veut faire croire à ceux qui ne connaissent pas le métier de journaliste qu’elle est un organe de presse au même titre que Le Figaro, Le Monde, Libération ou l’Humanité : « Les journalistes de l'Agence trient, évaluent et utilisent les informations exactement comme le font les journalistes de tous les autres médias. » écrit Christophe Beaudufe, président de la Société des journalistes de l'AFP (Le Monde, 13 mai 2008). Or l’AFP est une agence de presse : il est donc faux et archi-faux d’affirmer que son rôle est de faire le tri alors qu’il est - par nature - de « cracher » des dépêches au kilomètre sans véritable hiérarchie et sans point de vue sur l’information. Ceux qui sont abonnés au fil de l’AFP savent bien que 95% de ses dépêches ont d’ailleurs un intérêt limité pour ne pas dire nul. C’est pourquoi rendre compte d’un communiqué d’un parti qui n’est pas un groupuscule politique obscur dans la vie démocratique française, fait partie des attributions d’une agence de presse quel que soit par ailleurs, la teneur et la pertinence de ce communiqué. Le lecteur de ces dépêches d’agence qu’il soit journaliste, politique ou simple citoyen est suffisamment grand pour lire un résumé de ces communiqués avec un esprit critique.

Nous avons également assisté, dans cette affaire, au retour du bal des hypocrites politiques qui voient dans les protestations de l’UMP, une atteinte intolérable à l’indépendance des journalistes et à la liberté de la presse. Leurs mines faussement scandalisées fait sourire quand on sait que ces mêmes politiques passent, à longueur de semaines, de la pommade dans le dos, des journalistes de l’AFP chargés de suivre leur parti - l’agence est particulièrement choyée car elle est le premier relais de l’information politique pour une presse de province qui est bien plus lue par les Français que la presse parisienne. Quand ces mêmes politiques appellent ces journalistes sur leur portable pour leur expliquer vertement ce qu’ils auraient dû écrire et s’empressent par la suite de se faire pardonner en leur offrant un déplacement tous frais payés loin de Paris et de sa grisaille, agissent-ils aussi au nom de l’indépendance des journalistes et de la liberté de la presse ?

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