Le "Non" irlandais au Traité de Lisbonne
La vengeance des peuples
Bien avant que les Irlandais donnent un nouveau coup de frein au projet européen, bien avant les "non" français et néerlandais au Traité constitutionnel de 2005, bien avant le choc de l'élargissement de 2004, j'avais souligné l'absurdité de cette Europe à 25 (c'était en 2003) dans mon livre "Panorama de la pensée unique". Et j'avais prédit le réveil des peuples. La "Norme" désigne ici tous ceux qui nous ont vendu l'Europe comme une assurance bonheur à vie : "Adepte de la méthode Coué, la Norme répète à qui veut l’entendre que l’union politique à 25 est naturelle. Elle oublie un peu vite que le mot "Europe" n’est qu’un terme de géographie, un repère sur une mappemonde, rien de plus. L’Europe ne désigne en aucun cas une entité homogène naturellement constituée. Car contrairement à ce que la Norme nous raconte, les pays européens n'ont pas "tant de choses en commun" : des guerres tout au plus, beaucoup de morts qui n'ont rien d'accidentels. L'Union européenne se bâtit donc sur un mirage. Et ce mirage a la fragilité d’un château de cartes. La mise en marche de son unification politique, dernière étape pour constituer un Empire à la soviétique - avec planification à la clé sur le modèle de la Politique Agricole Commune (PAC) - est un contresens historique et une folie : un contresens historique parce que rien n’unit les pays catholiques aux pays protestants, ceux traditionnellement libéraux et lessociaux-démocrates ; une folie parce que l’Europe est le dernier endroit de la planète où des Hommes tentent de construire un Empire, c’est à dire une entité politique fabriquée de toute pièce à coup de traités aussi démocratiques que les annexions militaires d’un Hitler ou d’un Napoléon - le peuple français n’a jamais été consulté sur la création de l’Europe et ses "élargissements" successifs à de nouveaux pays. Or tout empire est condamné par avance à sombrer tôt ou tard avec pertes et fracas. L’"élite autoproclamée" ne retient même pas les leçons de l’Histoire.
La Norme préfère minimiser les obstacles à la construction de l’Europe, elle ne veut pas voir que chaque question discutée au sein de l'Union européenne révèle des divergences profondes entre les pays membres qui s’expliquent aisément par leurs différences économiques et culturelles : qu'il s'agisse de la PAC ou de l’Euro, de la politique sociale ou étrangère, chacun prend position en fonction de ses intérêts sans prendre en considération ceux de son voisin. Ajoutons à cela, que tous les gouvernements surveillent de près le montant de leur contribution au budget de l'Union et comparent cette somme avec les subventions reçues : si les petits pays sont visiblement ravis, les plus gros pourvoyeurs de fonds commencent sérieusement à faire la grimace. Mais là encore, la Norme ne veut rien voir. Enfin, il est stupide de penser que nous Français comme les autres nations, règlerons nos problèmes dans l'Europe et avec l'Europe alors que les pays membres se livrent à une guerre économique sans merci. La Norme ne veut même pas voir que ces nations restent nos premiers concurrents !
A défaut d’avoir un véritable projet politique, l’Empire de papier s’est engagé dans une course au gigantisme : depuis que de "brillants" économistes soutiennent que la puissance dépend du nombre de têtes (habitants), l’UE accueille tout pays qui en fait la demande (ou presque), jeunes Etats et îlots compris. N’ayant pas le sens du ridicule, l’Europe illustre sans le savoir la fable de La Fontaine, "La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf". Les architectes de l’Union européenne détournent à des fins politiques, une science exacte - les mathématiques - pour prouver le bien-fondé de leur démarche : la Norme additionne, en effet, les populations et les PIB des différents pays de l’UE pour comparer ces chiffres avec ceux des Etats-Unis. Ainsi, son « élite autoproclamée » affirme sans rire que l’Europe est désormais une hyperpuissance (gentille) qui a plus de poids sur la scène politique et économique que l’hyperpuissance (méchante), les USA. Si c’est vrai comment alors expliquer que l’influence de l’UE dans le monde soit si limitée et que l’Europe compte sur les Etats-Unis pour tirer sa croissance économique et pour sa défense ? Les calculs de la Norme sont faux car chaque nouveau pays qui entre dans l’UE concourt à affaiblir un peu plus l’Empire au lieu de le renforcer : en effet, le nouveau bloc ainsi formé est toujours moins homogène économiquement et culturellement, donc de plus en plus ingouvernable. Pour que l'Union européenne puisse encore agir, les décisions devront être prises à la majorité qualifiée (et non plus à l'unanimité). Sur ce point, tous les Européens sont d’accord. Les conséquences n’en seront pas moins tragiques car les pays mis en minorité devront appliquer et subir des politiques qu'ils n'ont pas choisies comme n’importe quel pays colonisé : ces politiques contraires à leurs intérêts seront forcément ressenties comme des diktats. Des atteintes à leur souveraineté. A la différence de l’échelon national où l'opposition ne peut pas accuser la majorité de traîtrise, ici les antagonismes entre les pays seront exacerbés. Ces frustrations conduiront inexorablement au réveil des peuples qui se sentiront volés de leur destin et préféreront se rebeller plutôt que d'obéir à un super gouvernement apatride et sans visage qui ne défend pas leurs intérêts. La question n’est pas de savoir si l’empire européen va se disloquer mais quand et comment cela va arriver. Et combien de morts resteront sur le champ de bataille".


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