7 juil. 2008

Relèvement des taux d’intérêt
de la BCE

Le nouveau coup de poignard
du gouverneur


Il l’avait annoncé depuis plusieurs jours, il l’a fait : Jean-Claude Trichet a relevé le principal taux directeur de la BCE d’un quart de point à 4,25%. Pendant ce temps, celui de la FED est à 2%, celui de la banque centrale du Japon à moins de 1%… Et ce bon monsieur Trichet reste droit dans ses bottes ou presque : le tout-puissant gouverneur de la BCE s’est empressé d’annoncer qu’il ne recommencerait pas de si tôt ! Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Non, il ne s’agit pas ici de crier avec les loups : depuis 2004, je n’ai eu de cesse de « tirer à boulets rouges » sur sa politique de l’Euro fort et des taux d’intérêt élevés (voir articles de mai 2004, mai 2005 et septembre 2007). Heureusement, les temps changent : le club très privé des anti-Trichet ressemble désormais à l’autoroute A6, un jour de départ en vacances. Depuis que la crise des subprimes se propage à toute l’Europe, des chefs d’Etat et de gouvernement de la zone Euro tels que José Luis Zapatero rejoignent Nicolas Sarkozy dans sa critique de la politique menée par ce bon monsieur Trichet. Même l’Allemagne, pourtant championne des exportations, trouve la pilule amère : après Angela Merkel en novembre dernier, c’est au tour de son ministre des Finances de faire la grimace. Réussir à agacer Berlin n'est pourtant pas chose aisée... Outre les chefs d’entreprises qui réalisent l’essentiel de leur chiffre d’affaires en dehors de la zone euro, de plus en plus d’économistes et d’analystes comme Jacques Cailloux (Royal Bank of Scotland) ou Jean-Michel Six (Sandard & Poor’s) jugent aussi cette nouvelle hausse malvenue. Marc Touati, président de la société d’investissement Global equities, a même lancé une pétition sur le site www.stoptrichet.com (+11 000 signatures au 7 juillet). Hélas, rien ne semble arrêter ce bon monsieur Trichet : l’accumulation des mauvais résultats économiques de la zone Euro, semble le conforter dans l’idée qu’il faut continuer la purge lorsqu’il n’y a rien à purger et qu’il faut pratiquer la saignée lorsque le malade est déjà exsangue.

Ce bon monsieur Trichet n’a de cesse de se présenter comme le garant de la stabilité des prix dans la zone Euro. Raté et cent fois raté : l’Euroland a enregistré au mois de juin un taux d’inflation record de 4% en rythme annuel, après 3,7% en mai et 3,3% en avril (source Eurostat). Les hausses répétées des taux d’intérêt ces derniers mois n’auront eu aucun effet. L’explication est simple : cette inflation n’est pas due à un excès de liquidités qui aurait conduit à un excès de la demande par rapport à l’offre comme semble le croire dur comme fer ce bon monsieur Trichet. En effet, aucune personne sérieuse ne peut soutenir que la zone Euro souffre d’une surchauffe de l’économie à l’instar de la Chine qui enregistre plus de 10% de croissance par an. Rien ne justifie donc que l’on renchérisse le coût de l’argent. Augmenter les taux d’intérêt conduit à une appréciation de l’Euro par rapport aux monnaies qui comptent comme le dollar, et conduit à entretenir l’augmentation du prix du baril de pétrole comme on l’a vu en juin dernier : les pays producteurs compensent par l’augmentation des cours ce qu’ils perdent avec la dépréciation du dollar. Le seul avantage de l'Euro fort se trouve amputé. Augmenter les taux d’intérêt conduit à un renchérissement des prix des produits de la zone Euro à l’export et contribue à faire baisser notre compétitivité de manière artificielle. Selon l’Insee, cette perte de compétitivité aurait coûté en moyenne 0,7 point de croissance par an à la France entre 2002 et 2007. Augmenter les taux d’intérêt conduit surtout à donner un coup de frein à une consommation qui déjà flanche, à un marché immobilier qui vacille et à l’investissement qui était déjà structurellement insuffisant. Réduire délibérément la croissance potentielle de la zone Euro qui est déjà faible, ce n’est pas simplement idiot, c’est criminel : combien d’entreprises en faillite à cause de ce bon monsieur Trichet ? Combien d’emplois détruits à cause de ce bon monsieur Trichet ? Combien de fins de mois difficiles à cause de ce bon monsieur Trichet ? La mauvaise farce que le bon docteur Trichet joue depuis maintenant cinq ans aux européens, n’a que trop duré.

1 juil. 2008

Le "Non" irlandais au Traité de Lisbonne

La vengeance des peuples


Bien avant que les Irlandais donnent un nouveau coup de frein au projet européen, bien avant les "non" français et néerlandais au Traité constitutionnel de 2005, bien avant le choc de l'élargissement de 2004, j'avais souligné l'absurdité de cette Europe à 25 (c'était en 2003) dans mon livre "Panorama de la pensée unique". Et j'avais prédit le réveil des peuples. La "Norme" désigne ici tous ceux qui nous ont vendu l'Europe comme une assurance bonheur à vie : "Adepte de la méthode Coué, la Norme répète à qui veut l’entendre que l’union politique à 25 est naturelle. Elle oublie un peu vite que le mot "Europe" n’est qu’un terme de géographie, un repère sur une mappemonde, rien de plus. L’Europe ne désigne en aucun cas une entité homogène naturellement constituée. Car contrairement à ce que la Norme nous raconte, les pays européens n'ont pas "tant de choses en commun" : des guerres tout au plus, beaucoup de morts qui n'ont rien d'accidentels. L'Union européenne se bâtit donc sur un mirage. Et ce mirage a la fragilité d’un château de cartes. La mise en marche de son unification politique, dernière étape pour constituer un Empire à la soviétique - avec planification à la clé sur le modèle de la Politique Agricole Commune (PAC) - est un contresens historique et une folie : un contresens historique parce que rien n’unit les pays catholiques aux pays protestants, ceux traditionnellement libéraux et lessociaux-démocrates ; une folie parce que l’Europe est le dernier endroit de la planète où des Hommes tentent de construire un Empire, c’est à dire une entité politique fabriquée de toute pièce à coup de traités aussi démocratiques que les annexions militaires d’un Hitler ou d’un Napoléon - le peuple français n’a jamais été consulté sur la création de l’Europe et ses "élargissements" successifs à de nouveaux pays. Or tout empire est condamné par avance à sombrer tôt ou tard avec pertes et fracas. L’"élite autoproclamée" ne retient même pas les leçons de l’Histoire.

La Norme préfère minimiser les obstacles à la construction de l’Europe, elle ne veut pas voir que chaque question discutée au sein de l'Union européenne révèle des divergences profondes entre les pays membres qui s’expliquent aisément par leurs différences économiques et culturelles : qu'il s'agisse de la PAC ou de l’Euro, de la politique sociale ou étrangère, chacun prend position en fonction de ses intérêts sans prendre en considération ceux de son voisin. Ajoutons à cela, que tous les gouvernements surveillent de près le montant de leur contribution au budget de l'Union et comparent cette somme avec les subventions reçues : si les petits pays sont visiblement ravis, les plus gros pourvoyeurs de fonds commencent sérieusement à faire la grimace. Mais là encore, la Norme ne veut rien voir. Enfin, il est stupide de penser que nous Français comme les autres nations, règlerons nos problèmes dans l'Europe et avec l'Europe alors que les pays membres se livrent à une guerre économique sans merci. La Norme ne veut même pas voir que ces nations restent nos premiers concurrents !

A défaut d’avoir un véritable projet politique, l’Empire de papier s’est engagé dans une course au gigantisme : depuis que de "brillants" économistes soutiennent que la puissance dépend du nombre de têtes (habitants), l’UE accueille tout pays qui en fait la demande (ou presque), jeunes Etats et îlots compris. N’ayant pas le sens du ridicule, l’Europe illustre sans le savoir la fable de La Fontaine, "La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf". Les architectes de l’Union européenne détournent à des fins politiques, une science exacte - les mathématiques - pour prouver le bien-fondé de leur démarche : la Norme additionne, en effet, les populations et les PIB des différents pays de l’UE pour comparer ces chiffres avec ceux des Etats-Unis. Ainsi, son « élite autoproclamée » affirme sans rire que l’Europe est désormais une hyperpuissance (gentille) qui a plus de poids sur la scène politique et économique que l’hyperpuissance (méchante), les USA. Si c’est vrai comment alors expliquer que l’influence de l’UE dans le monde soit si limitée et que l’Europe compte sur les Etats-Unis pour tirer sa croissance économique et pour sa défense ? Les calculs de la Norme sont faux car chaque nouveau pays qui entre dans l’UE concourt à affaiblir un peu plus l’Empire au lieu de le renforcer : en effet, le nouveau bloc ainsi formé est toujours moins homogène économiquement et culturellement, donc de plus en plus ingouvernable. Pour que l'Union européenne puisse encore agir, les décisions devront être prises à la majorité qualifiée (et non plus à l'unanimité). Sur ce point, tous les Européens sont d’accord. Les conséquences n’en seront pas moins tragiques car les pays mis en minorité devront appliquer et subir des politiques qu'ils n'ont pas choisies comme n’importe quel pays colonisé : ces politiques contraires à leurs intérêts seront forcément ressenties comme des diktats. Des atteintes à leur souveraineté. A la différence de l’échelon national où l'opposition ne peut pas accuser la majorité de traîtrise, ici les antagonismes entre les pays seront exacerbés. Ces frustrations conduiront inexorablement au réveil des peuples qui se sentiront volés de leur destin et préféreront se rebeller plutôt que d'obéir à un super gouvernement apatride et sans visage qui ne défend pas leurs intérêts. La question n’est pas de savoir si l’empire européen va se disloquer mais quand et comment cela va arriver. Et combien de morts resteront sur le champ de bataille".