La mondialisation et la concurrence ont le vent en poupe en France

Je ne croyais pas voir ça de mon vivant. 51% des Français considèrent désormais que la mondialisation est une chance pour la France sur le plan économique selon le 5e baromètre W&Cie Viavoice sur la marque France et l’état d’esprit collectif publié le 26 avril 2018. C’est 13 points de plus que cinq ans plus tôt.

    5e baromètre W&Cie-Viavoice sur la marque France.

En outre, 76% des Français estiment de la même manière que l’ouverture à la concurrence des lignes de train sera « une bonne chose pour les usagers » selon un sondage Elabe réalisé pour Les Echos, Radio Classique et l’Institut Montaigne publié le 5 avril 2018.

Serait-ce un effet d’Internet ? Habitués à comparer les prix et donc à faire jouer la concurrence sur le web, les consommateurs Français se sont convertis à ce gros mot qu’on se doit encore de prononcer avec dégoût et horreur : « l’ultralibéralisme ».

Aux fripouilles et aux médiocres

Personne n’est choqué que l’on dise en sport : « que le meilleur gagne ». En économie, les règles sont toutes différentes : tout le monde doit réussir, même si on est mauvais. Roman d’une brulante actualité, « Atlas Shrugged » sort enfin en Français cinquante-quatre ans après sa parution aux Etats-Unis. L’auteur, Ayn Rand, née en Russie en 1905 et émigrée aux USA en 1926, démonte brillamment qu’une économie qui n’est pas fondée sur la compétence et l’efficacité conduit à la misère sociale et au chaos politique. Un best-seller aux Etats-Unis qui étonnamment n’avait pas d’éditeur en France. Trop subversif ?

Sur près de 1200 pages, Ayn Rand décrit l’engrenage infernal qui conduit un pays moderne et libéral à sombrer comme le Titanic : au tout début de l’histoire, des industriels ne parviennent pas à faire face à la concurrence sur leur marché faute d’innovation et tout simplement de compétence. Ceux-ci font appel à la puissance publique pour les aider. L’exécutif, qui cherche à se valoriser, s’empresse de mettre en place des barrières pour « organiser la concurrence » mais qui revient en fait à protéger ces chefs d’entreprise et à leur assurer une rente. Ces manœuvres sont réalisées au nom de « l’intérêt général », vaste blague destinée en réalité à conserver les parts de marché de personnes incapables de produire et livrer, en temps et en heure, des produits et services au meilleur rapport qualité-prix.

Ce qui devait arriver, arriva : quand on freine le développement des entreprises les plus compétitives pour aider celles qui ne le sont pas, la production baisse et est moins qualitative : en un mot, l’économie est moins productive. Très vite, l’appareil de production est incapable de répondre à la demande : la pénurie fait son apparition. L’exécutif est alors enclin à prendre de nouvelles mesures pour redresser l’économie : suppression de la concurrence, quotas de production… Comme la situation se dégrade encore, les pouvoirs publics prennent pied dans les entreprises pour encore mieux les contrôler : des fonctionnaires incompétents décident alors à la place de chefs d’entreprise qui connaissent leur métier… Dernière étape avant la nationalisation de l’appareil de production. Au final, l’économie s’effondre, le chômage et la misère gagnent, et les politiques s’affolent car le pays est en situation d‘insurrection. Ils font alors appel à ces mêmes chefs d’entreprise qu’ils ont méprisés et virés pour qu’ils sortent l’économie du marasme. Le deal est faustien : occupez-vous de l’économie, nous gardons notre fauteuil et restons à la tête du pays. Ayn Rand ne fait pas mystère de ce qu’elle pense de ce genre de compromis bancal…

La charge contre les médiocres sans foi, ni loi, est féroce : l’auteur s’attaque à ces vrais faux chefs d’entreprise qui méprisent le profit pour mieux cacher leur incompétence ; aux politiques prêts à tout pour garder leur pouvoir ; aux scientifiques qui ne se mettent pas au service du progrès technique et préfèrent des inventions qui n’auront pas d’application utile pour la société ; aux fonctionnaires qui n’ont aucune utilité économique et qui pourtant tirent les ficelles ; aux intellectuels qui méprisent la logique en philosophie, la mélodie en musique ou encore l’intrigue dans un roman ; aux journalistes qui n’écrivent pas la vérité. Une « élite autoproclamée » à l’esprit si perverti qu’elle nie jusqu’à la raison d’être des choses. Des fripouilles et des médiocres qui ont consacré tout leur temps à s’arroger le pouvoir au lieu de le mériter, et à dicter aux autres quoi faire et que penser.

Toute ressemblance avec la situation française ne serait évidemment que pur mauvais esprit.

« La Grève » (Atlas Shrugged) d’Ayn Rand, Edition Les Belles Lettres, 1168 pages, 29,50 €.

Le Mediator, un secret bien gardé

Les responsables politiques feignent de découvrir aujourd’hui le scandale et font mine d’être choqués. Les dangers du Médiator étaient pourtant connus des milieux autorisés depuis 1997 !

Un scandale à la française lié à la consanguinité des pouvoirs – politique, économique, médiatique, judiciaire. Un petit cercle où tout le monde se côtoie, se soutient et se protège. Le scénario du film catastrophe est hélas toujours le même.

La connivence

Dans une interview à RTL, le professeur et député UMP, Bernard Debré, donne un exemple concret de cette connivence des élites et parle même de « corruption » : “Servier fait un médicament qui s’appelle le Coversyl qui est un anti-hypertenseur : très bon médicament, très bon médicament. Pourquoi est-il vendu beaucoup plus cher que les autres qui sont identiques ? Et pourquoi est-il remboursé plus que les autres qui sont identiques ? Ipsen : base 100 remboursement ; Fabre : base 110 ; Servier : base 250. Pourquoi ?”

Il faut dire que Jacques Servier a bien tissé sa toile au sein de l’élite. Membre du premier cercle de l’UMP, le fondateur du groupe pharmaceutique recevait chaque mois dans son hôtel particulier à Neuilly, les hommes politiques en vue et tous ceux qui comptaient et pouvaient lui rendre service. Certains ont même travaillé pour lui. Aucun membre de l’élite n’avait donc intérêt à parler des dangers du Mediator, à commencer par le premier d’entre eux, le président de la République. Les deux hommes se connaissent depuis plus de vingt-cinq ans : Nicolas Sarkozy, alors avocat d’affaires, conseille notamment Jacques Servier en matière fiscale. En juillet 2009, le chef de l’Etat lui remet même les insignes de la Grande Croix de la légion d‘honneur…

L’intrus

Le Docteur Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, va enquêter trois ans avant d’obtenir le retrait du Mediator du marché. Qui est en réalité le Docteur Frachon ? Personne face à Jacques Servier, fondateur du deuxième groupe pharmaceutique français, 3,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, plus de 20 000 salariés dans le monde. Le Docteur Frachon n’est qu’un intrus aux yeux d’une élite qui a verrouillé l’espace public, elle doit donc forcer les portes.

D’ailleurs, au début, personne n’écoute Docteur Frachon malgré le sérieux de son enquête qui l’a conduite à demander des autopsies, à photographier au bloc les valves cardiaques déformées. En février 2009, la pneumologue déclare onze cas de valvulopathie à son agence régionale de pharmacovigilance. En juin, l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) l’invite à présenter ses conclusions : « Cinq diapos, un bref speech, et puis au revoir. Dans ces instances, on ne voit pas les malades, on les oublie », raconte le médecin. L’avocat d’une douzaine de victimes du Mediator, Charles Joseph-Oudin accuse l’Afssaps d’avoir joué le jeu du laboratoire Servier en contestant toutes les études qui auraient pu mener à une interdiction plus rapide.

L’impunité

Finalement, l’Afssaps décide de retirer le médicament du marché en novembre 2009 en catimini. Le scandale est tué dans l’œuf. La réputation du célèbre laboratoire est sauve. Jacques Servier jouit de l’impunité que les élites ne réservent qu’aux siens.

Ce n’est qu’un an plus tard que le scandale éclate. Presque par hasard. C’est semble-t-il au nom de la défense de la liberté d’expression que les médias prennent – un peu tard – fait et cause pour le Docteur Frachon et son éditeur-libraire brestois contre les laboratoires Servier. En effet, les Editions Dialogues sont condamnées en premier instance à retirer la mention  » combien de morts ?  » sur la couverture du livre que la pneumologue a consacré au Mediator. La justice est du côté des puissants.

L’arrogance

Alors que le chiffre du nombre de morts oscille entre 500 selon l’Afssaps et 2000 selon l’Inserm, Jacques Servier fait montre d’arrogance. Il affirme même lors de ses vœux au personnel début janvier 2011 : « 500 est un très beau chiffre marketing, mais il ne s’agit que de 3 morts. Les autres avaient déjà des valvulopathies ». Jacques Servier dénonce des attaques « non fondées » provenant d’une « mafia » œuvrant contre le laboratoire. L’élite ne supporte pas d’être jugée, elle est intouchable.

Idem pour le rapport de l’IGAS sur le Mediator : les laboratoires Servier s’étonnent dans un communiqué que ce rapport puisse lui faire porter des responsabilités « qui ne leur apparaissent pas conformes à la réalité ». Le groupe pharmaceutique se contente de remettre en cause les conclusions de l’IGAS, il n’apporte aucune preuve de l’innocuité du Mediator qui lui aurait rapporté 1 millard d’euros depuis sa mise sur le marché en 1976.

Le rideau de fumée

Quelles leçons seront retenues du scandale du Mediator ? Aucune. Car, « Pendant les affaires, les affaires continuent » pour reprendre le titre d’un livre de Denis Robert publié en 1996 qui dénonçait déjà la collusion des pouvoirs.

La technique du « rideau de fumée » est toujours la même :
1 – le gouvernement promet toute la lumière sur un scandale dont l’éxécutif connaît en réalité déjà les tenants et les aboutissants : c’était l’objet du rapport de l’IGAS, 260 pages accablantes pour les laboratoires Servier et l’Afssaps. Une fois n’est pas coutume, le rapport sort rapidement : six semaines. Les critiques sont principalement dirigées contre l’Afssaps, pour mieux oublier les autres connivences ?
2 – le gouvernement « sacrifie » un lampiste pour éviter de mettre en cause toute la chaîne de responsabilités et pour protéger des hommes plus importants : le directeur général de l’Afssaps accepte de bonne grâce de porter le chapeau en échange sans doute d’une promotion lorsque l’affaire sera oubliée. Le ministère de la Santé en particulier est épargné.
3 – le gouvernement crée une commission chargée de mettre officiellement fin aux dysfonctionnements et qui a en réalité pour mission de ne rien changer au système. Les professeurs Bernard Debré et Philippe Even ont été chargés par le ministre de la Santé de lui faire des propositions. Parions que le futur rapport ne recommandera pas de mettre fin aux connivences entre les pouvoirs.

En résumé, le scandale du Mediator illustre parfaitement la faillite d’une élite autoproclamée – au mieux complaisante, au pire corrompue – qui détient encore toutes les clés du système.

Ce système va pourtant s’effondrer.

Vous saurez pourquoi et comment ce système va disparaître dans le prochain article