Pôle emploi confronté au chômage

Tous les syndicats de Pôle emploi ont appelé aujourd’hui à la grève contre les suppressions de postes prévues dans le cadre du projet de loi de Finances 2011. 1800 sur 49 000 au total devraient disparaître. Que des agents de Pôle emploi soient contraints de passer de l’autre côté du guichet, serait d’autant plus désagréable qu’ils sont bien placés pour savoir à quel point le service de l’emploi à la française est inefficient et que ses agents n’ont pas les qualifications pour aider les demandeurs d’emploi à trouver du travail.

Pôle Emploi n’échappe pas à la tendance qui consiste à faire faire le travail normalement dévolu à l’administration par le privé : l’indemnisation est ainsi calculée à partir de l’attestation remplie par l’employeur… Si ce dernier ne remet pas cette attestation ou si elle est fausse, Pôle emploi s’en fiche. Hors de question de consulter les fiches de paie des douze derniers mois du salarié, trop fatiguant sans doute.

Auparavant, il suffisait de se présenter à l’antenne Assedic proche de chez soi pour se faire indemniser puis d’aller à l’ANPE pour s’inscrire. Aujourd’hui, il faut patienter plusieurs semaines pour obtenir un rendez-vous. Pour le reste, le tandem Assedic-ANPE perdure : une personne est chargée de prendre les documents remplis par l’employeur et une autre fait le point sur votre « projet professionnel », un bien grand mot pour signifier remplir des cases sur son expérience et ses compétences…

Le gouvernement avait assuré que chaque chômeur bénéficierait d‘un suivi mensuel, or un nouveau demandeur d’emploi ne peut espérer voir un conseiller avant trois mois ! Le directeur général de Pôle emploi, Christian Charpy reconnaît sur RTL qu’un conseil suit en moyenne 105-110 chômeurs et jusqu’à 150-200 en région parisienne. Tant que vous n’êtes pas un chômeur de longue durée, personne ne s’intéresse à vous. Après, il faut faire baisser les statistiques : bilan de compétence, stage vidéo pour se perfectionner en entretien, formations en tous genres font largement l’affaire… Christian Charpy assure cependant que l’enquête auprès de 100 000 chômeurs a montré que les deux-tiers d’entre eux sont satisfaits du service. Bref, seuls ceux qui y travaillent seraient donc mécontents… Un comble.

Enfin, le législateur, toujours animé de bonnes intentions, continue inlassablement la même politique inefficace des contrats aidés pour les chômeurs de longue durée : un effet d’aubaine pour l’employeur qui bénéficie ainsi d’une aide financière et d’exonérations de charges mais qui n’a jamais fait baisser le chômage. Ainsi, il existe toujours deux catégories de demandeurs d’emploi : ceux qui peuvent postuler aux offres toujours plus nombreuses où l’employeur exige un contrat aidé, et les autres qui doivent laisser passer dans la file, les chômeurs de longue durée. La compétence et l’expérience ne sont plus des critères d’embauche, seul le coût du travail compte. Sûr qu’avec ce genre de politique de gribouille, Nicolas Sarkozy va devoir aller chercher la croissance avec les dents.

La dérive des impôts locaux

160% d’augmentation de la taxe d’habitation sur un an. Aucun prix n’augmente dans ces proportions dans ce pays sauf en période de guerre… et encore sur le marché noir. Régulièrement, ce genre d’information fait la Une des médias. Les élus n’ont pas l’air de s’en émouvoir. Rien d’anormal à en croire les impôts. En effet, ceux-ci expliquent que lorsque la direction générale des finances publiques met à jour les informations sur les locaux, il s’en suit en général une augmentation sensible de la taxe d‘habitation et de la taxe foncière. Dans cette commune, la fameuse déclaration H2 remontait à 1970 ! Le contribuable n’en saura pas plus car le centre des impôts est strictement incapable de lui expliquer comment ils ont calculé le nouveau montant si ce n’est que la valeur locative du bien est « déterminée par comparaison avec celle de locaux de références choisis dans la commune pour chaque catégorie de locaux d’habitation ».

Bienvenue dans le pays qui aime les impôts, l’administration et n’aime pas trop qu’on lui pose des questions et la transparence. Tout juste apprend-t-on presque par hasard que les habitations sont donc classées en catégories de 1 (très grand standing) à 8 (taudis) mais les agents des impôts sont incapables de définir ce que recouvre chaque catégorie ! Le contribuable n’arrive pas plus à savoir ce que paie son voisin de palier pour comparer : les impôts renvoient vers la mairie qui renvoie vers les impôts…. Seul celui qui parvient à se procurer un avis d’imposition de son voisin peut constater s’il y a des incohérences. Dès lors, il est possible d’obtenir une réduction sans que les impôts soient évidemment capables de vous expliquer ce nouveau calcul… Il y aurait sans doute de quoi faire sauter trois fois la République et de déclencher une Révolution rien qu‘avec l’augmentation des impôts locaux.

*La taxe d’habitation doit être réglée au plus tard le 15 novembre 2010.

France, pays ridicule

C’est fait, le Parlement a voté la mini-réforme des retraites. Pour un demi pas en avant, il aura fallu subir pendant plusieurs semaines des manifestations à répétition des syndicats ; des grèves et blocages de salariés non concernés par la réforme ; des déclarations grotesques de l’opposition et des professionnels de la contestation qui avaient décidé d’ignorer l’augmentation de l’espérance de vie ; des sondages consternants des Français qui étaient soi-disant prêts à faire des sacrifices pour financer leur retraite mais qui demandaient en fait à pouvoir continuer à dépenser gratis ; et des jeunes mi-crétins des Alpes, mi moules à gauffre qui croient que plus on pousse de seniors à la retraite, plus ils auront de chance de trouver un travail !

Que de bruit et d’énergie dépensée pour s’opposer au passage de l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans quand nous étions à 65 en 1981. Dans tous les autres pays occidentaux, cet âge a été relevé à 65 voire 67 sans même provoquer un froncement de sourcil de la population, des corps intermédiaires ou de l’opposition. La France s’est une nouvelle fois ridiculisée aux yeux des pays étrangers. Notre pays a une nouvelle fois montré au monde qu’une minorité (?) ne comprenait pas que l’on ne peut éternellement dépenser plus que ce que l’on a, et pense que l’argent « y’en a toujours, y’a qu’à taxer le grand capital ». France, pays socialo-communo-débile.

Surplace en zone euro

La situation économique s’améliore partout sauf en zone euro. Le Fonds monétaire international (FMI) a revu à la hausse ses prévisions de croissance mondiale : 4,6% en 2010 contre 4,2% trois mois auparavant. En tête, les pays émergents (6,8%) puis les Etats-Unis (3,3%) et le Japon (2,4%). La croissance de la zone euro (1) devrait atteindre 1% en 2010. La crise grecque qui secoue les places financières et le marché interbancaire depuis plusieurs mois, n’y est pour rien même si sauver Athène aura contraint les grands pays de l’UE à annoncer des plans de rigueur plus tôt que prévu : les réductions des dépenses publiques n’affecteront la croissance qu’à partir de 2011 de 0,25 point.

En réalité, l’Europe est structurellement le continent qui a la croissance la plus faible. Une pierre dans le jardin des Europhiles béats qui décrivaient déjà l’Union européenne comme le phare du XXIe siècle ! Mais il ne suffit pas de décréter en 2000 que l’on va faire de l’Union européenne, l’économie la plus compétitive au monde pour qu’elle devienne dynamique et attractive.  Il ne suffit pas non plus de décreter dans cette même stratégie de Lisbonne que l’on va parvenir au plein emploi avant 2010 pour voir disparaître le chômage, ou encore de parler sans cesse du « modèle social européen » quand aucun pays au monde n »aurait l’idée de nous le copier… Les différents élargissements opérés et particulier celui de 2004 qui a vu l’absorption de dix pays (2), n’ont été qu’un moyen artificiel de faire grossir l’Union européenne et de cacher l’échec patent des politiques menées depuis 1957. L’Europe des 27 est au mieux un géant aux pieds d’argile, au pire un monstre difforme qui va nulle part.

(1) Seize pays de la zone euro :  Allemagne, Autriche, Belgique, Chypre, Espagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Portugal, Slovaquie, Slovénie
(2) Elargissement de 2004 : Chypre, Malte, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Slovénie

Baroin fait les poches des pauvres

Bercy est sous pression. Les derniers arbitrages sur la préparation du budget 2011 doivent permettre de réduire le déficit public de 8 à 6% du PIB l’année prochaine. « C’est un objectif intangible et absolu et nous nous donnerons tous les moyens nécessaires d’y parvenir. Je ne cache pas sa difficulté : la France n’a jamais accompli un effort aussi considérable », déclare le ministre du Budget dans une interview aux Echos. Deux mesures détaillées par François Baroin retiennent particulièrement l’attention : « l’allocation aux adultes handicapés sera bien augmentée de 25 %, mais en six ans au lieu de cinq. Elle sera revalorisée de 3 % l’an prochain, au lieu des 4,5 % prévus. Le rattrapage aura lieu en 2012 et 2013 » ; « Nous supprimons la possibilité donnée aux étudiants et à leurs parents de cumuler l’aide personnalisée au logement et la demi-part fiscale pour enfant à charge. Il faudra choisir entre l’une et l’autre ».  Il faut reconnaître que ces mesures présentent le mérite d’être inattendues… à défaut d’être populaires.

Alors que le navire gouvernemental prend l’eau de toute part, François Baroin a entrepris de faire de nouveaux trous dans la coque en s’attaquant aux handicapés et aux étudiants. Il a oublié de taper dans les poches des obèses, des mutilés de guerre, des cancéreux en phase terminale et des nouveaux-nés qui sont une lourde charge pour l’Etat. Pendant ce temps, Christine Lagarde nous invente le mot « rilance », mélange de rigueur et de relance ! Il n’est pas dit que les Français partagent les facéties oulipiennes de la ministre de l’Economie et son sens de l’humour. Bercy a perdu la tête. L’Elysée est assiégé. Matignon tient encore… « C’est l’histoire d’une société qui tombe et qui, au fur et à mesure de sa chute se répète pour se rassurer : « Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien ». Mais ce qui compte c’est pas la chute. C’est l’atterrissage »*.

* extrait du film « La Haine » de Mathieu Kassovitz (1995)