Une parodie de démocratie

Dans une démocratie, tout citoyen a parfaitement le droit – et même le devoir – d’exercer son esprit critique à l’encontre du pouvoir politique, de la Justice, des médias, des religions… mais aussi du peuple auquel il appartient.

Ce n’est pas parce que les idiots utiles voudraient réduire le débat démocratique à un robinet d’eau tiède au service de la pensée unique, que l’on doit accepter cette défaite de la pensée.

La France unie enfin !

Sarkozy battu, la France respire ! La France déchirée, la France désunie, la France bafouée… mais la France rassemblée par la grâce de François Hollande. Il aura suffit d’un 1,1 million de voix d’écart sur 46 millions d’électeurs appelés aux urnes, 51,67% contre 48,33% pour que la France bascule dans les rires et les chants… Qui peut croire de telles imbécilités ?  Des technocrates de Bruxelles à l’image du vice-président et commissaire européen chargé de la Justice, des Droits fondamentaux et de la Citoyenneté, Viviane Reding qui écrit sur Twitter : « Une France de la justice – enfin ! ». Ou bien le bon peuple  de gauche présent à la Bastille, qui se réjouissait, selon les journalistes sur place, que la France allait être « rassemblée ».

Oui, avant la France était déchirée par la faute d’un homme, l’ignoble et l’odieux Sarkozy, qui montait les Français les uns contre les autres. Entre 2007 et 2012, la France était en guerre civile – la seule qui n’a pas fait de morts  – mais le bon peuple de droite et quelques hurluberlus et autres anars ne s’en sont pas aperçus… Sous sa présidence, Jacques Chirac a dû affronter les manifs violentes et spectaculaires contre le CPE et les émeutes dans les banlieues. Pas un journaliste, pas un homme politique, et donc pas un Français, petit perroquet des médias et de élites, n’a trouvé que Jacques Chirac avait monté les Français les uns contre les autres. La France de la fracture sociale était alors apaisée.

Des journalistes et des politiques ont notamment reproché à Sarkozy le discours de Grenoble de juillet 2010 contre les incidents provoqués par des Roms, des propos critiquables à bien des égards (cf. mon billet), mais qui n’étaient évidemment pas des appels à la haine et à la violence. En revanche, ceux qui ont fortement critiqué ce discours ont montré leur vrai visage. En effet, les élites autoproclamées avaient peur – ou faisaient semblant d’avoir peur – que des Français, choqués par les dégradations causées à Grenoble et Saint-Aignan, puissent s’en prendre aux Roms.

La vérité, c’est que la Gauche qui dit aimer le peuple, le déteste, le méprise et en a peur : elle ne croit pas le peuple intelligent et digne. La Gauche n’a jamais eu confiance dans son jugement, c’est pourquoi la Gauche cherche à tout prix à lui dire ce qu‘il doit penser, et en l’occurrence que Sarkozy a monté les Français les uns contre les autres pendant tout son quinquennat.

La Droite croit en L’Homme, en l’individu, à son humanité, à son bon sens et à son pragmatisme. Elle n‘a pas peur de lui laisser sa liberté de penser. La Gauche n’y croit pas.

Aux fripouilles et aux médiocres

Personne n’est choqué que l’on dise en sport : « que le meilleur gagne ». En économie, les règles sont toutes différentes : tout le monde doit réussir, même si on est mauvais. Roman d’une brulante actualité, « Atlas Shrugged » sort enfin en Français cinquante-quatre ans après sa parution aux Etats-Unis. L’auteur, Ayn Rand, née en Russie en 1905 et émigrée aux USA en 1926, démonte brillamment qu’une économie qui n’est pas fondée sur la compétence et l’efficacité conduit à la misère sociale et au chaos politique. Un best-seller aux Etats-Unis qui étonnamment n’avait pas d’éditeur en France. Trop subversif ?

Sur près de 1200 pages, Ayn Rand décrit l’engrenage infernal qui conduit un pays moderne et libéral à sombrer comme le Titanic : au tout début de l’histoire, des industriels ne parviennent pas à faire face à la concurrence sur leur marché faute d’innovation et tout simplement de compétence. Ceux-ci font appel à la puissance publique pour les aider. L’exécutif, qui cherche à se valoriser, s’empresse de mettre en place des barrières pour « organiser la concurrence » mais qui revient en fait à protéger ces chefs d’entreprise et à leur assurer une rente. Ces manœuvres sont réalisées au nom de « l’intérêt général », vaste blague destinée en réalité à conserver les parts de marché de personnes incapables de produire et livrer, en temps et en heure, des produits et services au meilleur rapport qualité-prix.

Ce qui devait arriver, arriva : quand on freine le développement des entreprises les plus compétitives pour aider celles qui ne le sont pas, la production baisse et est moins qualitative : en un mot, l’économie est moins productive. Très vite, l’appareil de production est incapable de répondre à la demande : la pénurie fait son apparition. L’exécutif est alors enclin à prendre de nouvelles mesures pour redresser l’économie : suppression de la concurrence, quotas de production… Comme la situation se dégrade encore, les pouvoirs publics prennent pied dans les entreprises pour encore mieux les contrôler : des fonctionnaires incompétents décident alors à la place de chefs d’entreprise qui connaissent leur métier… Dernière étape avant la nationalisation de l’appareil de production. Au final, l’économie s’effondre, le chômage et la misère gagnent, et les politiques s’affolent car le pays est en situation d‘insurrection. Ils font alors appel à ces mêmes chefs d’entreprise qu’ils ont méprisés et virés pour qu’ils sortent l’économie du marasme. Le deal est faustien : occupez-vous de l’économie, nous gardons notre fauteuil et restons à la tête du pays. Ayn Rand ne fait pas mystère de ce qu’elle pense de ce genre de compromis bancal…

La charge contre les médiocres sans foi, ni loi, est féroce : l’auteur s’attaque à ces vrais faux chefs d’entreprise qui méprisent le profit pour mieux cacher leur incompétence ; aux politiques prêts à tout pour garder leur pouvoir ; aux scientifiques qui ne se mettent pas au service du progrès technique et préfèrent des inventions qui n’auront pas d’application utile pour la société ; aux fonctionnaires qui n’ont aucune utilité économique et qui pourtant tirent les ficelles ; aux intellectuels qui méprisent la logique en philosophie, la mélodie en musique ou encore l’intrigue dans un roman ; aux journalistes qui n’écrivent pas la vérité. Une « élite autoproclamée » à l’esprit si perverti qu’elle nie jusqu’à la raison d’être des choses. Des fripouilles et des médiocres qui ont consacré tout leur temps à s’arroger le pouvoir au lieu de le mériter, et à dicter aux autres quoi faire et que penser.

Toute ressemblance avec la situation française ne serait évidemment que pur mauvais esprit.

« La Grève » (Atlas Shrugged) d’Ayn Rand, Edition Les Belles Lettres, 1168 pages, 29,50 €.

L’auto-entrepreneur, c’est pas pour les chômeurs

« Pas de chiffre d’affaires, pas de cotisations » pour le régime de l’auto-entrepreneur. Une révolution dans notre système fiscal toujours prompt à prélever des impôts comme l’IFA* même quand une entreprise ne fait pas de profits. Pas étonnant que ce régime ait connu un succès immédiat dès son entrée en vigueur le 1er janvier 2009 : en un an, près de 300 000 personnes avaient opté pour ce statut. Au 31 janvier 2011, l’Acoss, la caisse nationale des Urssaf, dénombrait 660 400 comptes auto-entrepreneurs administrativement actifs.

A priori, ce statut est idéal pour les personnes sans emploi qui souhaitent tester une idée et lancer une petite entreprise. Le plafond autorisé de chiffre d’affaires – 32 100 € pour les prestations de services, 80 300 € pour les activités d’achat/revente de produits – n’est pas un obstacle pour celui qui débute une activité en solo. En réalité, ce régime est particulièrement adapté pour les personnes qui ont déjà un emploi salarié car tout revenu généré constitue un bonus ! En revanche, les demandeurs d’emploi qui adoptent ce statut, voient immédiatement leur allocation chômage se réduire de 583,80 € par mois la première année (875,70 € la seconde) quel que soit le revenu généré comme auto-entrepreneur. Le demandeur d’emploi peut opter pour le versement de ses indemnités chômage sous forme d’un capital qui sera réduit de moitié par rapport à ses droits à l’ARE (allocation d’Aide au Retour à l’Emploi) et versé en deux fois. Autrement dit, le chômeur contrairement au salarié, doit savoir à l’avance quel sera son chiffre d’affaires dans les mois à venir : à l’impossible, le demandeur d’emploi est tenu.

« Pas de chiffre d’affaires, pas de cotisations » certes mais le chômeur qui a eu la naïveté de se lancer sans avoir le moindre client, se retrouve privé d’une partie substantielle de ses moyens de subsistance simplement pour s’être déclaré auto-entrepreneur. Officiellement, Pôle Emploi a pour politique d’encourager les chômeurs à créer leur entreprise, en réalité, le service public de l’emploi met sur la brèche ceux qui se lancent ; officiellement, ce nouveau statut a pour objet d’éliminer le travail au noir, en réalité, il encourage les chômeurs à ne pas déclarer leurs revenus complémentaires. Comble des paradoxes, lorsque vous êtes au chômage et que vous souhaitez vous mettre à votre compte, le plus commode reste de retrouver un emploi salarié avant de songer à créer votre petite entreprise !

* IFA : Impôt Forfaitaire Annuel

France, pays des passe-droits

Le Tribunal des Prud’hommes de Nanterre est bien accommodant avec les puissants comme Florence Woerth, l’épouse de l’ancien ministre du Budget et trésorier de l’UMP. Son avocate a obtenu du président  du Tribunal que l’audience de conciliation ait lieu le 27 mai prochain au lieu du 7 novembre comme prévu initialement. Derniers arrivés, premiers servis : Florence Woerth a saisi les Prud’hommes le 13 avril dernier et n’avait à l’évidence pas envie d’attendre son tour pour réclamer 1 million d’euros à son ancien employeur. Au même moment, ceux qui demandent uniquement le paiement de salaires ou de congés payés dus doivent attendre plus d’un an avant d’obtenir le paiement de quelques milliers d’euros qui représentent des montants considérables et vitaux pour des personnes qui gagnent autour du Smic. Parions que Florence Woerth n’attendra pas si longtemps dans cette République irréprochable où tous les citoyens sont traités à égalité mais où certains sont « plus égaux que d’autres ». Cette affaire fait suite au cas Stéphane Guillon jugé cette fois au Tribunal des Prud’hommes de Paris : licencié au mois de juin 2010, l’amuseur qui officiait sur France Inter avait obtenu un jugement six mois plus tard quand le délai moyen dans le ressort de la Cour d’appel de Paris est de 16,2 mois ! Pas mal de temps de gagné donc et 212 000 euros empochés… Comme il fait bon vivre en France lorsqu’on a l’argent et les bons avocats… Les connivences des élites, leur indécence n’ont aucune limite, aucune pudeur.