Ils ne l’ont pas vu venir

Les politiques, les médias, les hommes de sondages et les experts auto-proclamés… Tous n’avaient vu en lui qu’un freluquet. Un histrion.

Lorsqu’Emmanuel Macron lance En Marche ! le 6 avril 2016 à Amiens, beaucoup prédisent que l’aventure ne passera pas l’été. Le petit milieu parisien ricane. Un mouvement qui sera « ni de droite ni de gauche », ce n’est pas possible !

Agacé, le monarque Hollande déclare, le 14 juillet, « Il sait ce qu’il me doit » en réaction à l’impétrant qui deux jours plus tôt à rempli la Mutu… et a fait un pas de plus vers une candidature hors des sacro-saintes primaires.

De la fête de Jeanne d’Arc au Puy-du-fou, chacune de ses sorties médiatiques divertit les commentateurs politiques. Hollande lui-même ne flaire pas le danger.

Puis, le ministre de l’Économie quitte le gouvernement le 30 août et finit par annoncer officiellement sa candidature à la présidentielle le 16 novembre. Les observateurs politiques le comparent alors à Lecanuet voire à JJSS.

Le même message est répété  en boucle : il n’a jamais été élu. Il n’a pas de parti, ni de troupes. Il serait même seul. Macron ? Un illuminé.

Il peut au mieux espérer faire de la figuration intelligente dans cette présidentielle qui ne manquera pas de choisir l’heureux élu parmi ceux qui crapahutent depuis des lustres pour devenir calife à la place du calife. Car il en a toujours été ainsi…

Emmanuel Macron arrive en tête le 23 avril, un peu plus d’un an seulement après le lancement d’En Marche ! dans sa ville natale. Bref, à Paris, ils n’avaient rien compris.

Il avaient sous-estimé son intelligence, sa détermination, sa capacité à bien s’entourer, à fédérer autour de lui des fidèles et à entraîner dans son sillage des centaines de milliers de citoyens.

Ils avaient aussi sous-estimé le facteur chance : Fillon plutôt que Juppé, Hamon plutôt que Valls, le renoncement de Bayrou… Tous ceux qui voulaient bouter le Macron hors de leur terrain de jeu lui ont servi l’Élysée sur un plateau d’argent.

Surtout, ils n’avaient pas compris – contrairement à Emmanuel Macron – que nous avions changé de cycle politique. Pourtant, les Français avaient prévenu : 84% ne voulaient pas d’un duel Hollande-Sarkozy ni d’un ersatz de ce tandem. L’Histoire ne bégaie pas éternellement.

Ils n’avaient pas compris que les Français étaient prêts à donner les clés du pouvoir à un quasi inconnu de moins de 40 ans, qui n’était pas lesté par les combats de coq, les courants des partis, les idéologies moisies et les affaires.

En 2017, les Français ont mis en œuvre le « dégagisme ». Emmanuel Macron a su habilement être au bon endroit au bon moment pour prendre la place. Toute la place.