Baroin fait les poches des pauvres

Bercy est sous pression. Les derniers arbitrages sur la préparation du budget 2011 doivent permettre de réduire le déficit public de 8 à 6% du PIB l’année prochaine. « C’est un objectif intangible et absolu et nous nous donnerons tous les moyens nécessaires d’y parvenir. Je ne cache pas sa difficulté : la France n’a jamais accompli un effort aussi considérable », déclare le ministre du Budget dans une interview aux Echos. Deux mesures détaillées par François Baroin retiennent particulièrement l’attention : « l’allocation aux adultes handicapés sera bien augmentée de 25 %, mais en six ans au lieu de cinq. Elle sera revalorisée de 3 % l’an prochain, au lieu des 4,5 % prévus. Le rattrapage aura lieu en 2012 et 2013 » ; « Nous supprimons la possibilité donnée aux étudiants et à leurs parents de cumuler l’aide personnalisée au logement et la demi-part fiscale pour enfant à charge. Il faudra choisir entre l’une et l’autre ».  Il faut reconnaître que ces mesures présentent le mérite d’être inattendues… à défaut d’être populaires.

Alors que le navire gouvernemental prend l’eau de toute part, François Baroin a entrepris de faire de nouveaux trous dans la coque en s’attaquant aux handicapés et aux étudiants. Il a oublié de taper dans les poches des obèses, des mutilés de guerre, des cancéreux en phase terminale et des nouveaux-nés qui sont une lourde charge pour l’Etat. Pendant ce temps, Christine Lagarde nous invente le mot « rilance », mélange de rigueur et de relance ! Il n’est pas dit que les Français partagent les facéties oulipiennes de la ministre de l’Economie et son sens de l’humour. Bercy a perdu la tête. L’Elysée est assiégé. Matignon tient encore… « C’est l’histoire d’une société qui tombe et qui, au fur et à mesure de sa chute se répète pour se rassurer : « Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien ». Mais ce qui compte c’est pas la chute. C’est l’atterrissage »*.

* extrait du film « La Haine » de Mathieu Kassovitz (1995)

AAA en sursis

François Baroin a d’abord affirmé que l’objectif de conserver la note AAA de la dette souveraine française était « tendu » puis le ministre du Budget est revenu sur ses déclarations :  « aucun risque [pour la France de perdre sa note AAA], aucun doute.  La signature française est l’une des plus avantageuses aujourd’hui, c’est une signature refuge ». Nous voilà rassurés…

François Baroin a t-il délibérément préparé l’opinion à une dégradation de la note souveraine de la France quitte à fâcher l’Elysée ou a-t-il simplement commis une bévue de débutant ? Pour l’économiste, Christian Saint-Etienne la France a 40% de chance de voir sa note dégradée dans les prochaines semaines. Ce ne serait pas une surprise tant ce gouvernement et singulièrement notre ministre du Budget semblent avoir toutes les peines du monde à réduire les dépenses publiques.