Moody’s, la tête folle

La célèbre agence de notation multiplie les signaux contradictoires. Le 17 août dernier, Moody’s se demande si les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne vont pouvoir garder à terme leur note triple A en raison de l’ampleur de leur dette publique. Six jours plus tard, cette même Moody’s considère que les mesures d’économies budgétaires prises par de nombreux pays en Europe font peser un risque sur la croissance à court terme et donc sur la notation de ces Etats ! Une plaisanterie ? Même pas.  Cependant, Moody’s prend soin à chaque fois de préciser que ces notes sont « bien ancrées ».  Bref, l’agence de notation souffle le chaud et le froid, et considère que quoi que fassent ces pays, cela va dans le mauvais sens mais qu’au fond, tout cela n’est pas terriblement dramatique… Rappelons au passage que les politiques de rigueur votées en Allemagne et en Grande-Bretagne ont notamment été décidées sous la contrainte de ces mêmes agences de notation qui après la Grèce, l’Espagne, le Portugal  et l’Irlande promettaient à demi-mot de dégrader la note d’autres pays européens et donc de rendre le coût des emprunts sur les marchés plus chers. 

On apprend aujourd’hui que la SEC, le gendarme de la Bourse américaine,  abandonne ses poursuites contre Moody’s accusée d’avoir commis et caché des erreurs manifestes dans la notation d’un produit spéculatif complexe en 2007. Quand l’agence de notation s’est aperçue de son erreur, elle a préféré ne pas la corriger afin de de ne pas nuire à sa réputation ! Irresponsable et non coupable, Moody’s va donc pouvoir continuer à publier jour après jour des notes qui ne font qu’entretenir la confusion et la peur sur les marchés. Dès lors, comment s’étonner que la SEC demande aux investisseurs de se méfier des notations accordées par des agences comme Moody’s ? Elle a perdu sa crédibilité, sinon la tête.