Sa côte de popularité n’en finit pas de dégringoler, son parti accumule les défaites électorales, il est donné battu dès le premier tour de la présidentielle… Nicolas Sarkozy a t-il encore une chance d’être réélu en 2012 ? A en croire des députés UMP, l’affaire serait pliée. Les plus pusillanimes cherchent par tous les moyens à limiter une défaite annoncée, traduisez – conserver leur siège à l’Assemblée : choix d’un candidat à la personnalité plus consensuelle ; adoption d’un discours plus modéré et humaniste pour séduire le centre et les sociaux-démocrates ; annonce de mesures sociales fortes pour reconquérir les classes populaires ou carrément radicalisation du discours sur les immigrés et l’Islam pour récupérer les électeurs du FN même si cette dernière stratégie a montré ses limites. En réalité, Nicolas Sarkozy conserve toutes ses chances de gagner en 2012. Sa réélection est suspendue à une conjonction de facteurs politiques.
Voici le scénario qui lui serait le plus favorable :
Un piètre candidat PS
Le système des primaires qui désignera le candidat soutenu par le parti, peut donner à Sarkozy des raisons d’espérer : influencés par les sondages, les adhérents du PS croyaient que Ségolène Royal était la meilleure candidate pour battre Nicolas Sarkozy… En novembre 2006, ceux-ci avaient donc clairement porté leur choix sur la présidente de la Région Poitou-Charentes (60% des voix contre 20% à Dominique Strauss-Kahn et 18% à Laurent Fabius). Aujourd’hui, les sondages indiquent que c’est DSK le mieux placé loin devant François Hollande, Martine Aubry et Ségolène Royal. Les enquêtes d’opinion réalisées sur l’ensemble du corps électoral font de Dominique Strauss-Kahn, le présidentiable idéal à gauche, cela ne signifie en rien qu’il ferait un bon candidat capable de rassembler largement son camp et qu’il aurait au final les faveurs des suffrages. Autre trompe-l’oeil, DSK est aujourd’hui d’autant plus populaire qu’il est absent du débat politique français ! Dès qu’il devra défendre un programme et mener campagne, les vraies difficultés surgiront. DSK est sans doute un bon candidat pour Sarkozy car il n’est pas aimé des vrais gens de gauche, ses idées sociales-démocrates sont plus proches de celles de l’UMP que d’un Benoît Hamon et il n’est pas un animal politique de la trempe de Sarkozy. Toute personne qui a été candidate sait que l’on doit souvent sa victoire à la faiblesse et aux erreurs de ses adversaires.
Un FN toujours aussi peu crédible
Il n’est pas aussi aisé de chasser sur les terres du Front national qu’en 2007. Nicolas Sarkozy s’en est aperçu à ses dépens : le débat sur l’identité nationale, la loi interdisant la Burka dans les lieux publics, les démantèlements des camps de Roms, n’ont pas permis à la majorité d’endiguer l’hémorragie. De plus, il était plus facile d’affronter un Le Pen vieillissant, professionnel des dérapages, que sa fille, davantage en phase avec son époque et qui sait tirer parti des agacements et crispations des Français engendrés par des faits divers comme les prières de musulmans dans les rues ou les crimes commis par des multirécidivistes. Elle capitalise aussi sur la précarité sociale et économique de beaucoup de nos concitoyens en promettant toujours plus de protections. Mais tant que le Front national n’est pas considéré comme un parti de gouvernement, Nicolas Sarkozy sait qu’un certain nombre d’électeurs ne voteront pas FN. C’est d’ailleurs sans doute pourquoi sa présidente cherche à crédibiliser son parti et a présenté début avril son programme économique en revendiquant s’inspirer d’économistes de renom… Déjà, sondage après sondage, Marine le Pen est donnée présente au second tour face à un candidat du PS. Il s’agit encore largement d’une politique fiction dans la mesure où les sondés ne sont pas actuellement au pied du mur : influencé par les sondages à quelques jour du premier tour, l’électeur fera alors son propre calcul : rien ne dit qu’il trouvera un réel intérêt à ce que Sarkozy soit éliminé au bénéfice de Marine Le Pen et donc à faire gagner le candidat du PS.
Une concurrence à droite limitée
Dans le meilleur des cas, Nicolas Sarkozy s’attend à des résultats serrés au premier comme au second tour. Dans cette perspective, le ou les candidatures à droite et au centre, synonymes de dispersion des voix, sont un handicap. Les fidèles lieutenants de Sarkozy brandissent déjà la menace d’un 21 avril à l’envers. Cependant, le nombre actuel de prétendants à l’Elysée n’augure pas de la liste finale : certains comme Dominique de Villepin ou Nicolas Dupont-Aignan n’auront sans doute pas leurs 500 signatures. En tout cas, Nicolas Sarkozy fera tout pour qu’il en soit ainsi. L’équation est bien différente pour le populaire Jean-Louis Borloo qui a fait un pas vers une candidature en quittant l’UMP début avril ou un Hervé Morin qui a des élus et affiche sans complexe ses ambitions depuis qu’il a quitté le gouvernement en novembre dernier. Jean-Louis Borloo est-il en réalité en service commandé pour Nicolas Sarkozy dans la perspective d’un ticket Sarkozy-Borloo en 2012 ? Ce dernier serait alors chargé du baiser de la mort de la confédération centriste et singulièrement de torpiller la candidature d’Hervé Morin… A moins que Borloo ait pour mission de chasser sur les terres socialistes. Contrairement à d’autres candidats qui se croient supérieurs et sans égal, Nicolas Sarkozy sait qu’il ne gagnera pas tout seul et cherche déjà à s’entourer des bonnes personnes qui peuvent l’aider à gagner. L’ancien ministre de l’Ecologie fait aujourd’hui figure de joker dans le dispositif Sarkozy : son rôle dans la campagne dépendra en premier lieu du candidat PS qui sera choisi et des sondages.
Un bilan défendu avec habileté
Il n’est jamais facile pour un sortant de défendre sa politique. Et il est fort probable que Mitterrand en 1988 et Chirac en 2002 doivent leur réélection à la cohabitation. Nicolas Sarkozy aurait pu (dû) la provoquer en organisant des législatives anticipées en 2010 après la défaite des Régionales. Défendre son bilan sera sans doute la tâche la plus ardue de sa campagne. Et d’ailleurs, quel bilan ? Sarkozy a pris ses fonctions le 16 mai 2007, deux mois plus tard, éclatait le krach boursier, prélude à la crise financière qui allait se diffuser lentement mais sûrement à l’économie réelle. Son programme présidentiel aura donc été largement oblitéré par une récession sans précédent. Nicolas Sarkozy pourra néanmoins faire valoir qu’il a prouvé pendant cette crise qu’il avait la stature d’un chef d’Etat, une qualité rare que peu de ses concurrents pourront lui disputer et qui avait conduit des personnalités de gauche à ne pas soutenir Ségolène Royal en 2007. Si les personnes objectives reconnaissent que Sarkozy a plutôt bien géré la séquence – crise financière et bancaire, crise du crédit et baisse de la demande, et crise des dettes souveraines et de l’Euro – tant au plan national qu’au niveau européen et du G20, les Français ne pensent quant à eux qu’à leurs problèmes domestiques : pouvoir d’achat, emploi, logement… Dans une France où le poids électoral des plus de 65 ans ne cesse de grandir et atteint 10,5 millions d’électeurs, Nicolas Sarkozy compte sur sa réforme de la dépendance pour s’assurer du soutien des seniors qui lui sont déjà favorables – 66% ont voté pour lui en 2007 – mais aussi celui de leurs enfants qui n’ont pas les moyens matériels et humains d’assumer la charge de personnes dépendantes.
Un programme plus social que la gauche
Nicolas Sarkozy ne pourra pas battre campagne sur le même registre qu’en 2007, la crise est passée par là : hier, le thème de la rupture, demain, celui de protection des Français contre les “menaces” : protection de leur emploi et de leur pouvoir d’achat contre une mondialisation et une immigration sans frontières ; protection des personnes et des biens contre les délinquants mais aussi protection de leur épargne et de leur patrimoine pour le transmettre à leurs enfants contre une fiscalité perçue comme confiscatoire et changeante. Il reste un an à Nicolas Sarkozy pour amorcer ce virage de la protection malgré une conjoncture économique difficile et des déficits publics qui ne laissent pas de marges de manoeuvre. L’idée d’allouer une prime aux salariés des entreprises qui versent des dividendes à leurs actionnaires, ne suffira pas à contenter les électeurs. Son programme devra garantir à chaque Français les moyens d’avoir une vie décente : il lui faudra présenter une version moderne de l’Etat providence qui ne sera plus fondé sur l’égalitarisme issu de 1945 mais sur une vraie solidarité, une version qui devra obligatoirement être plus convaincante que les rafistolages présentés dans le programme du PS. Enfin, Nicolas Sarkozy aura tout intérêt à jouer la carte de la sincérité car personne ne se ralliera à son slogan de 2007, “Ensemble tout devient possible”.
Une campagne électorale favorable aux tribuns
Bien qu’il ait fait partie d’une majorité au bilan médiocre, Nicolas Sarkozy a quand même gagné en 2007 parce qu’il était tout simplement le meilleur candidat. Il compte à nouveau sur ses talents oratoires, sa capacité à s’adresser avec aisance aux Français quel que soit leur origine sociale, son langage concret et simple, sa logique implacable qui lui permet de convaincre les plus réticents, son intuition et la qualité de ses conseillers à sentir les thèmes porteurs : son programme de 2007 avait ainsi réussi à ratisser large – des classes populaires aux lecteurs du Figaro. La faiblesse de son adversaire socialiste qui n’était pas soutenue par l’ensemble de son camp, avait fait le reste. Sarkozy espère à nouveau en 2012 surclasser le candidat du PS dans ce domaine. Les députés qui souhaiteraient qu’un François Fillon par exemple se présente à sa place, se trompent : l’actuel Premier ministre n’est pas un animal politique né, il n’a pas le charisme pour galvaniser les foules et faire adhérer les électeurs à un quelconque projet.
A écouter les médias, Nicolas Sarkozy appartient déjà au passé. Or, l’avis des éditorialistes n’est pas celui des Français mais d’une élite auto-proclamée qui ne connaît pas le pays et ne s’intéresse qu’à la cuisine politicienne. Les commentateurs politiques parisiens comme les animateurs de télé bobos ne feront pas l’élection de 2012, pas plus qu’ils n’ont fait celle de 2007 et les précédentes. Le peuple de province n’écoute pas les bruits et chicaneries venus de Paris.