Pessimisme et politique « indéfinis » by Peter Thiel

« Chaque culture renferme un mythe du déclin à partir d’un âge d’or, et la quasi-totalité des peuples, tout au long de l’histoire, ont cédé au pessimisme. De nos jours, le pessimisme domine encore d’immenses régions du monde. Le pessimiste infini plonge le regard dans un avenir sombre, sans savoir comment réagir. La formule définit l’Europe du début des années 70, quand le continent entier se soumettait à une dérive bureaucratique incontrôlée. Aujourd’hui, l’Eurozone toute entière est en crise latente et personne n’est aux commandes. La Banque centrale européenne ne défend rien, si ce n’est une politique d’improvisation : le Trésor américain imprime la devise « In God We Trust » sur ses dollars ; la BCE pourrait aussi bien imprimer celle-ci sur ses euros : « Il est urgent d’attendre. » Les Européens se bornent à réagir aux événements au coup par coup, en espérant que la situation ne s’aggrave pas. Le pessimiste indéfini ne peut savoir si ce déclin inévitable sera rapide ou lent, catastrophique ou progressif. Tout ce qu’il peut faire, c’est attendre qu’il survienne, et dans l’intervalle, rien ne l’empêche donc de manger, de boire et de s’amuser : d’où la fameuse fièvre vacancière des Européens ». p88

(…)

« L’Etat a longtemps été capable d’articuler des solutions complexes à des problèmes  comme l’armement nucléaire et l’exploration lunaire. Mais à l’heure actuelle, après quarante années d’une lente glissade dans l’indéfini, l’Etat se borne surtout à fournir des assurances. Nos solutions aux grands problèmes s’appellent Medicare, Sécurité sociale, à quoi s’ajoute une panoplie vertigineuse d’autres programmes de transferts sociaux. Il n’est pas surprenant que tous les ans, depuis 1975, les dépenses sociales aient éclipsé les dépenses discrétionnaires. Pour accroître les dépenses discrétionnaires, nous aurions besoin de plans bien définis pour résoudre des problèmes spécifiques. Mais si l’on en croit la logique indéfinie des dépenses sociales, nous pourrions améliorer la vie des gens rien qu’en leur envoyant plus de chèques d’allocations ». p99

Peter Thiel in « De zéro à un. Comment construire le futur« , 2014 (ed. JC Lattès, 2016).

    De l’inévitable réduction des dépenses publiques

    Avertissement : ébauche d’article écrit le 8 janvier 2017 et furieusement d’actualité

    La fonction publique représente plus de 20% de la population active (5,4 millions, 6,17 si on prend en compte les emplois aidés) selon l’OCDE et les chômeurs toutes catégories confondues  – Dom-Tom compris –  encore plus (6,57 millions), cela signifie concrètement que le secteur marchand s’appuie sur moins de 60% de la population active (28,64 millions). Il n’est nul besoin d’être un prix Nobel d’économie pour comprendre que ce système ne peut pas supporter notre modèle social. D’ailleurs, il est en partie financé par la dette.

     Les Français, qui travaillent dans le secteur marchand, ne semblent pas réaliser que leur pouvoir d’achat est conditionné par le faible nombre de personnes qui créent des richesses. Résultat, un revenu brut qui plafonne, le poids des charges sociales qui ne baisse pas et celui de la fiscalité (locale comme nationale) qui tend à augmenter. Les Français ne peuvent vouloir à la fois gagner plus et conserver le même poids de la fonction publique. Si on posait le débat en ces termes, ils seraient alors moins nombreux à refuser de baisser le nombre de fonctionnaires.

    Il est toujours frappant de voir que les syndicats représentant les fonctionnaires biaisent par avance le débat en mettant l’emploi public sur le même plan que l’emploi marchand. Le premier est financé par les entreprises et les ménages (directement ou via la dette), le second par la vente de biens et de services. Autrement dit, chaque euro dépensé par la fonction publique est pris dans la poche des Français. De fait, chaque euro dépensé doit être pleinement justifié. Sinon, cette dépense doit être supprimée. Ce principe simple devrait guider l’action de tout élu – du président de la République au maire de la plus petite commune. 

    La part des fonctionnaires dans la population active des pays de l’OCDE. Source : OCDE / Infographie : Les enquêtes du contribuable

    Les enquêtes du contribuable estimaient ainsi en 2014 que « Si la France se situait dans la moyenne de l’OCDE (15,5 % de fonctionnaires dans la population active), ce sont 1,6 million de personnes qui ne travailleraient pas dans la fonction publique. La seule rémunération de ces fonctionnaires « surnuméraires » coûte 48,4 milliards d’euros par an (soit 2 500 euros bruts par mois en moyenne par agent)… »

     

      Une jeunesse qui joue à la révolution de 5 à 7

      Il n’y a plus de manifestations en France sans casseurs. Des manifs anti-CPE de 2006 au traditionnel défilé des syndicats du 1er mai 2018 en passant par la loi travail de 2016, ils s’invitent dans les cortèges. Ils s’attaquent aux forces de l’ordre qui représentent, à leurs yeux, la violence de l’État. Ils s’en prennent aussi aux symboles du capitalisme et de la mondialisation, les banques et multinationales étants accusées de violence contre les travailleurs.

      Au fond, ils cassent parce qu’ils n’ont rien à dire. Incapables de raisonner, ils répètent comme des petits perroquets les mantras de la gauche altermondialiste. Faute de culture, ils recyclent les vieilles idées communistes et marxistes en croyant qu’elles sont nouvelles. Faute d’intelligence, ils osent s’afficher avec des slogans affligeants comme « le black bloc colore nos vies » .

      Les facs occupées ces derniers mois étaient couvertes de mots d’ordre tout aussi ineptes.

      Au final, ceux qu’on nous présente comme des personnes qui font ou ont souvent fait de longues études – il y aurait même des doctorants dans leurs rangs  (sic) – jouent à la révolution dans les manifs. Ils croient faire peur avec des jeux de mots foireux du type « premier de cordée, premier guillotiné », mais ils sont bien trop bêtes pour être dangereux, excepté pour eux-mêmes.

        La mondialisation et la concurrence ont le vent en poupe en France

        Je ne croyais pas voir ça de mon vivant. 51% des Français considèrent désormais que la mondialisation est une chance pour la France sur le plan économique selon le 5e baromètre W&Cie Viavoice sur la marque France et l’état d’esprit collectif publié le 26 avril 2018. C’est 13 points de plus que cinq ans plus tôt.

            5e baromètre W&Cie-Viavoice sur la marque France.

        En outre, 76% des Français estiment de la même manière que l’ouverture à la concurrence des lignes de train sera « une bonne chose pour les usagers » selon un sondage Elabe réalisé pour Les Echos, Radio Classique et l’Institut Montaigne publié le 5 avril 2018.

        Serait-ce un effet d’Internet ? Habitués à comparer les prix et donc à faire jouer la concurrence sur le web, les consommateurs Français se sont convertis à ce gros mot qu’on se doit encore de prononcer avec dégoût et horreur : « l’ultralibéralisme ».

          Raphaël Glucksmann ou le mal penser

          Le meurtre de Mireille Knoll est le fait d’un « héritier des SS » selon le directeur du Nouveau Magazine Littéraire, Raphaël Glucksmann, dans un tweet daté du 26 mars 2018. Il est permis de douter que son principal suspect, Yacine Mihoub, 27 ans, mis en examen pour « homicide volontaire » à caractère antisémite, soit un grand connaisseur du nazisme.

          Comme il est commode d’associer tout antisémitisme au nazisme. Monsieur Glucksmann feint d’ignorer que les SS (et leurs collabos) ont perdu la seconde guerre mondiale et n’organisent donc plus de rafles depuis plus de soixante-dix ans. Invoquer l’ancien antisémtisme, qui est passé, pour expliquer le présent, s’apparente à du révisionnisme.

          Monsieur Glucksmann feint d’ignorer que l’antisémitisme qui sévit aujourd’hui dans notre pays est le fait de musulmans. « Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d’être assassinés – et certains torturés – parce que Juifs, par des islamistes radicaux », rappelle le collectif, auteur du manifeste contre le nouvel antisémitisme publié par Le Parisien-Aujourd’hui en France le 21 avril 2018.

          Quand on se refuse de nommer les choses, quand on occulte délibérément la réalité, on n’a aucune crédibilité politique ni philosophique ni morale.