Renaissance du cinéma en salle

Des projectionnistes en grève. Des séances perturbées ce week-end dans des complexes UGC. En cause, la suppression annoncée de 93 postes sur 215 au total d’ici six mois. La direction a décidé de passer au tout numérique. L’énorme succès d’Avatar, premier véritable film en 3D, aura déjà fait deux victimes : les bobines 35 mm et les projectionnistes. Les distributeurs automatiques de billets avaient déjà fait disparaître une partie du personnel affecté aux caisses pour faire de la place aux comptoirs à confiserie…

Il faut se réjouir que les grands circuits français continuent à investir pour améliorer l’expérience de la salle. Sans cette course technologique, l’exploitation serait moribonde : la multiplication des chaînes de télévision dans les années 80 concurrençait dangereusement les cinémas de poche et leurs petits écrans. Dans les années 90, l’investissement dans les multiplexes a sauvé les salles. Gaumont, UGC et dans une moindre mesure Pathé, MK2 et CGR ont renouvelé en quelques années, le parc et ont permis à la France de rester un pays où le taux de fréquentation reste à un niveau très élevé avec plus de trois films par an par habitant. Une politique agressive sur les prix avec les cartes illimitées, a fait le reste : résultat, la fréquentation a remonté pour atteindre un record en 2009 avec plus de 200 millions d’entrées contre seulement 116 millions en 1992. L’exploitation est la preuve vivante qu’un média n’est jamais condamné à condition qu’il innove et se réinvente sans cesse.

Censure dans les cinémas Utopia

Anne-Marie Faucon fait partie des derniers des Mohicans dans le cinéma d’art et d’essai. Une icône à l’instar d’un Jean-Jacques Schpoliansky du Balzac à Paris. L’aventure des cinémas Utopia commence à Toulouse dans les années 70 avec en tête une exigence dans la programmation et la défense du cinéma d’auteur au temps où tout le monde pensait que les multiplexes allaient tuer les derniers cinéphiles dans les années 90.  Alors, difficile de comprendre pourquoi Anne-Marie Faucon a décidé de déprogrammer le film de l’israélien Léon Prudovsky en invoquant le blocus sur Gaza :  « Les cinéastes qui travaillent avec des fonds israéliens cautionnent, dans un sens, la politique de leur pays »,  justifie maladroitement l’exploitante.  

Anne-Marie Faucon a rendu le plus mauvais service au cinéma : mélanger politique et 7e art comme au temps où les Cahiers avaient viré Mao et n’étaient plus obsédé que par Le Petit Livre rouge. Symbole de la défense d’un cinéma tolérant, Anne-Marie Faucon a donné l’exemple inverse.  Pire, elle a rappelé qu’il ne suffit pas de baigner toute sa vie dans la culture et les œuvres d’auteur pour faire preuve de hauteur d’esprit et de discernement. Ici aussi « il est interdit d’interdire ».

Les César : un palmarès pour les municipales

Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original… « La Graine et le mulet » ne méritait aucune de ces récompenses. Abdellatif Kechiche a signé un film où il n’y a rien à explorer, rien à comprendre : du sale patron du port à l’interminable danse du ventre en passant par le déjeuner familial autour de la figure de la mère, le spectateur devine les intentions du réalisateur dès les premières images de chaque scène. Abdellatif Kechiche n’a rien appris du cinéma des « professionnels de la profession » : il ne joue jamais sur la contraction et la dilatation du temps pour rythmer son film et faire rejaillir une émotion. La platitude est sa marque de fabrique. Et elle dure 2h30.

En choisissant de récompenser ce film, les membres de l’Académie des César n’ont pas cherché à célébrer le cinéma, ils ont posé un geste politique. « La Graine et le mulet » est, à leurs yeux, le film anti-Sarko par excellence. Le film anti-bling-bling. C’est en réalité le film anti-cinéma par essence, le film qui crache impunément à la figure des Hitchcok, Truffaut, Wilder, Chabrol, Lang, Tati, Mankiewicz, Clouzot, Keaton, Melville, Ray… A ce jeu de vilains, on est presque étonné que ces mêmes politiciens de l’Académie des César aient récompensé l’époustouflante interprétation de Marion Cotillard dans « La Môme ». L’honneur est sauf.